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FRP • 8.02 • Août 2002


Jean Marie Boursicot. Diagnostic : boulimique de pubs. Interview du créateur de La Nuit des Publivores.

Com.In : Pouvez-vous nous raconter brièvement la naissance de La Nuit des Publivores ?
Jean Marie Boursicot : Depuis toujours, j’adore le cinéma. Petit, j’y allais chaque fois que c’était possible et l’opérateur me donnait des bouts de films… les pubs, bien sûr ! J’ai donc commencé à collectionner tous ces films, plus par amour du cinéma que de la pub. Après mes études, j’ai travaillé pour une agence, Publicis. C’était à Paris en 1978. C’est dans ce contexte que j’ai réalisé que personne ne conservait les films publicitaires. Les agences pensent que le producteur garde des copies, l’annonceur imagine que l’agence conserve son travail et le producteur que le labo stocke tout. En réalité, tout est détruit après usage et plus personne n’a les films une fois la campagne terminée. J’ai donc décidé de fonder ma cinémathèque, il y a de cela vingt-quatre ans maintenant. Je vis de ma passion, j’en ai fait mon métier, j’ai une chance extraordinaire ! Une cinémathèque telle que la mienne reste aujourd’hui encore unique au monde. Elle comporte 540'000 films à ce jour.

Dans combien de pays êtes-vous présent avec La Nuit des Publivores ?
Nous faisons escale dans 160 villes de 45 pays. Ce spectacle fait vivre la cinémathèque, c’est presque notre unique entrée d’argent. Nous donnons l’impression d’être une grande organisation, mais en fait la structure reste très petite.

Une telle manifestation est-elle à votre avis une consécration pour la publicité ?
La pub fait pleinement partie de la culture populaire ; elle mérite donc amplement une reconnaissance comme celle-là.

Quels sont vos critères de sélection concernant les films?
Pour la cinémathèque, je prends tout. De plus, nous réalisons parfois des montages de films sur commande. Dans ces cas-là, le commanditaire nous donne un thème, une ligne de conduite. En ce qui concerne La Nuit des Publivores, le choix reste totalement subjectif. Je fais passer mes coups de cœur, des films anciens ou qui m’interpellent. Certains sont incompréhensibles, voire franchement nuls, mais ces ratés-là me plaisent ! La musique joue un grand rôle dans les films, mais les meilleurs restent ceux qui racontent une histoire. La pub, c’est du cinéma : elle doit nous faire rêver.

Concrètement, où vous procurez-vous les films diffusés ?
Moi et mon équipe voyageons dans le monde entier. Nous nous rendons dans les agences, qui font cadeau de leurs films à la cinémathèque. S’il y a des restrictions à l’utilisation d’un film, il ne m’intéresse plus. Je veille aussi à ce que la totalité de la pub passe à l’écran. Je refuse de dénaturer les films. Ils ne sont d’ailleurs pas traduits, nous ajoutons parfois un sous-titre si cela se révèle nécessaire. La publicité étant un langage universel, le programme est identique partout.

Quel regard jetez-vous sur la publicité contemporaine ?
Je pense que le marketing a trop d’importance. Cela freine les professionnels, qui eux restent très créatifs.

Et cette créativité, où est-elle la plus remarquable ?
Il y a quatre ou cinq ans, c’était en Asie du sud-est, un peu auparavant en Suisse, peut-être est-ce aujourd’hui en Amérique latine. Il faut dire que cela change d’année en année, de spectacle en spectacle. La mondialisation, bien que possédant aussi des avantages, tend, par malheur, à lentement uniformiser la publicité. Malgré cela, on trouve encore du bon partout.

Comment voyez-vous la publicité dans vingt ans ?
Je crois qu’elle sera de plus en plus triste, et je le regrette. On cherche l’efficacité avant tout, et ce au détriment de l’aspect créatif. Je reste convaincu que l’on peut créer des films qui font vendre et rêver.

Propos recueillis par Floriane Jacquemet

Publication 57

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