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FRP 8.02 Août 2002
Vainqueur de la Coupe du Monde 2002 : Nike !
Si, au moment de boucler cet article, il est encore difficile de prévoir qui emportera la Coupe du Monde, il est beaucoup plus facile de pronostiquer lannonceur vainqueur.
Le spot TV de Pepsi-Cola fait se rencontrer une équipe composée de stars du football et une autre, composée de sumos. Une partie de football sengage, amenant assez naturellement les sumos à la victoire, dopés quils sont par le trophée promis aux vainqueurs : une glacière de Pepsi-Cola. Ce spot, magistralement orchestré, est parfaitement réalisé, cohérent et efficace. Dabord, lhumour, qui simmisce à tous les niveaux : deux équipes de gabarits grossièrement différents, à la limite du carnavalesque ; des prouesses techniques spectaculaires, comme cette bicyclette " sumoise " provoquant un véritable séisme à latterrissage du joueur ; une victoire sans appel des mastodontes, etc. Ensuite, le trophée, la " Coupe du Monde ", métaphoriquement remplacée par une glacière aux couleurs de Pepsi-Cola. Cette boisson devient ainsi, quel que soit le gagnant de la vraie finale, lincarnation de la coupe. Enfin, le choix des sumos, stars incontestées au Japon, ajoute une " japanese touch " à la situation, en parfaite adéquation avec le siège de mondial 2002.
Qui dit mieux ?
Léquipementier américain Nike avait complètement raté son Mondial 1998 en France. Sûr de ses pronostics, il avait tout misé ou presque sur léquipe brésilienne (Nike aurait investi 160 millions de dollars pour sassurer dix ans dexclusivité sur cette équipe). Ironie du sort ou prise de risque inconsidérée ? Toujours est-il que Nike sest vu déplumé par son adversaire : Adidas, sponsor officiel des vainqueurs de la Coupe Conséquence, léquipementier Adidas, celui-là même qui avait osé le slogan " La victoire est en nous ", remportait le mondial de la pub, renvoyant Nike au vestiaire !
Bien décidé à conjurer le mauvais sort, quatre ans plus tard, Nike mise sur la sécurité, rendant désuet ladage qui veut que " le hasard décide seul du sort des batailles ".
La recette miracle
Pour remporter ce mondial, Nike a imaginé un Tournoi secret (1.5 Mo) : une compétition imaginaire disputée à huis clos, entre huit équipes composées chacune de trois vedettes (soit 24 vedettes ). Organisée dans les cales dun pétrolier rouillé, cette Coupe du Monde underground est présidée par un arbitre denvergure : Eric Cantona. Ce maître de cérémonie, en smoking, proclame la seule règle régentant les parties : le but dor (le premier qui marque gagne). Cette compétition imaginaire sachève par le couronnement dHenry (France), Totti (Italie) et Nakata (encore un Japonais) sur les grands perdants du Mondial 98, à savoir Ronaldo (Brésil), Roberto Carlos (Brésil) et Figo (Portugal).
Derrière cette fiction promotionnelle époustouflante, que lon doit au réalisateur Terry Gilliam, se cache une véritable stratégie de gagnant. Dabord, il nest plus possible de perdre en misant sur une équipe, puisquil ne manque aucune star du derby footbalistique. Ensuite, lhumour, le spectacle et les acrobaties garantissent le côté désopilant de ce spot. Enfin, le discours dautodérision (les perdants sont jetés à la mer du haut du paquebot) renforce la sympathie envers la marque leader.
Mais le véritable secret nest pas là ! Il est ailleurs, dans un monde chimérique, où le ballon est dargent. Le spot Nike tire sa force du monde virtuel quil a créé. Un vieux navire, une cale sournoise, une cage digne des milieux carcéraux, comme si les joueurs étaient prisonniers (de " The Cage "), comme si leurs duels étaient sanctionnés par la vie ou la mort, une roulette russe en forme de match de foot. Ce spot serait-il anxiogène ? Lhumour, la vivacité, la ferveur, la créativité et lenthousiasme de ses joueurs permettent de le soustraire à tout ce qui pourrait jouer en sa défaveur. Mais la création de ce monde imaginaire, défini par un espace, par un chromatisme, par une ambiance, par des règles (slogan : " Si tu ne joues pas juste, Nike sen souviendra. Donc, fais-le ! "), par un spectacle, est la réelle force de ce spot, qui le distingue ainsi de spots à la Pepsi-Cola. À grands renforts dexploits techniques étourdissants et dimages spectaculaires, le spot Nike, long de 180 secondes dans son intégralité, plonge le téléspectateur dans un monde parallèle, où limaginaire remplace agréablement lennui de certaines parties disputées en deux fois 45 minutes.
Et dans ce monde, lorsque les finales sont contestées, elles se rejouent (2ème spot de la campagne, 4.8 Mo). Avec, cette fois, des règles différentes : " le premier à 100 gagne ". Mais attention, selon lhumeur dEric Cantona, un but peut en valoir deux ! Ironie du sort, les parois de la cale ne résistent pas au dernier but marqué par Luis Figo et le navire sombre irrémédiablement Face à son totalitarisme publicitaire, Nike a donc là aussi opté pour lautodérision, histoire, peut-être, de faire passer la pilule. Mais surtout, cet exemple démontre à lui seul le pouvoir de la fiction, qui, lorsquelle est aboutie, devient une arme sans égale
Une double claque aux Français
Comme si leur sortie du Mondial par la petite porte ne suffisait pas, les Français sont aussi victimes de la publicité. Mais pas nimporte quelle publicité, celle des casseurs de pub, celle du détournement ironique de la publicité. Le net a ainsi été envahi par des détournements rivalisant dimagination. Les premiers touchés sont les annonceurs, parmi lesquels AirFrance, Orange, Volvic, Adidas, La Vache qui Rit, etc. Volvic connaît par exemple deux détournements. Dabord, une publicité Volvic (n° 1) reprend, à peine modifié, le slogan dune marque concurrente, Vittel, slogan de circonstance sil en est : " Buvez, éliminés ! ". Ensuite, le slogan de marque de la même Volvic, " Un volcan séteint, un être séveille ", a lui aussi été parodié (n° 2) : " Une cuisse séveille, un rêve séteint ".
TF1, et les émissions de télévision en général, ont également été touchées. Mais de manière générale, ce sont les affiches de films qui ont connu les détournements les plus fréquents : Mission Impossible 3 ; E.T. ; Le boulet ; Gazon Maudit ; SuperMan (devient SuperZidane) ; 3 zéros (devient 2 zéros) ; Le grand bleu (devient Les grands bleus) ; Incassables (devient Incapables) ; Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (devient Qui veut la peau de Roger ?) ; Les yeux dans les bleus (le film réalisé sur léquipe de France lors de leur triomphe de 1998 devient Des bleus dans mes yeux), etc.
Au mysticisme fictionnel de Nike répondent ainsi les diatribes bien réelles envers les marques françaises, qui, il faut le reconnaître, ont usé et abusé de limage emblématique des joueurs français.Pour en voir plus : www.humour.com
Pour en voir plus : www.nikefootball.com
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