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Le magazine d'information des professionnels de la communication
FRP 5.02 Mai 2002
La publicité rédactionnelle ou lart du camouflage*
Les pressions omniprésentes de l'économie, de la globalisation, du marketing et de la diversification médiatique ont pour conséquence de modifier le rapport entre le journal et lannonceur. On en voit un signe lorsque deux spécialistes de la presse quotidienne, Ernst Ulrich Grosse et Ernst Seibold, notent, dans leur Panorama de la presse parisienne (1996), que " les conseils font bien partie de lunivers journalistique. Puisque les anciennes autorités sébranlent et que leur langage se rapproche plutôt de linformation (exacte, descriptive) que de lopinion, ils pourraient même jouer un rôle de plus en plus considérable dans la presse de lavenir".
Le développement de ce rédactionnel " utile ", qui se manifeste à travers l'explosion de rubriques spéciales (mariage, jardinage, etc.) et de suppléments (formation, science & technologie, économie, famille, petites annonces, week-end & sorties, achats & cadeaux, etc.), conduit à un glissement dune partie de la pratique journalistique vers la pratique publicitaire : des conseils à la publicité rédactionnelle, en passant par larticle de complaisance, la frontière entre publicité et journalisme est devenue poreuse. À cela sajoutent encore les publicités magazines se présentant sous la forme de faux tests, faux jeux, etc. Sans prétendre ici trancher définitivement dans la jungle des désignations que ces différentes formes de rédactionnel et de publicité connaissent, la finalité de cet article est plus modestement de présenter quelques exemples manifestes de la diversité des formes que lon regroupe abusivement sous le terme de publicité rédactionnelle : les conseils et les articles de complaisance dans un premier temps, les différentes formes de publicité rédactionnelle à proprement parler dans un deuxième temps.
Conseils et articles de complaisance
Les conseils et articles de complaisance sont rédigés par les journalistes. Le premier regroupe les conseils en investissement, les conseils en jardinage, les conseils en beauté ou maquillage, etc. Proches des conseils, les rubriques " Mode " ou " Achat " donnent des informations et recommandations très précises en consommation. Ces rubriques tendent à glisser de la sphère journalistique à la publicité.
Cette confusion est poussée à son paroxysme avec les articles de complaisance. Aussi rédigés par un journaliste, ces derniers déguisent des recommandations de consommation (éloges de produits) sous les traits et la signature journalistiques. Très fréquents dans la presse magazine féminine, ils sont également présents dans les magazines corporate comme Construire (Migros) ou Coopération (Coop).
n° 1. (Construire, 2002). Les conseils et les articles de complaisance sont fréquents dans la presse magazine féminine et dans les journaux dentreprise. Par exemple, sous la rubrique " M-infos ", Helga Wienröder écrit lhistoire de la poudre à lessive (n° 1). Ce qui est manifeste, cest labsence dinteraction avec le lecteur. Une large partie du texte est fondée sur des tournures impersonnelles formées de constructions passives ou pronominales (" Finie donc lépoque où les enfants devaient porter plusieurs fois leur tenue de sport avant que celles-ci ne soient lavées " ; " Cette innovation sest logiquement accompagnée dun perfectionnement des poudres à lessives " ; " Lidée qui présida au lancement de Total "). Le choix du passé simple dans le quatrième paragraphe fonde historiquement la création de " Total " et lui confère de la sorte une certaine noblesse. À linverse, le nom de Migros apparaît à quatre reprises dans le texte, sous la forme dun agent animé de volonté (ou anthropomorphisation) : " Migros sest lancée " ; " Migros joua donc un rôle important " ; " Migros investit sans relâche " ou encore " Les lessives Migros ne manqueront pas de relever totalement ces nouveaux défis ".
Bien que signé, cet article ne tente pas de masquer sa nature somme toute largement publicitaire. Cest lun des principaux intérêts des journaux dentreprise que de pouvoir communiquer sur toutes les formes, allant de larticle journalistique à la publicité classique, en passant par la publicité rédactionnelle. Mais leffet est dautant plus efficace que ces journaux profitent dune baisse de la vigilance de leurs lecteurs. Ces entreprises travaillent à toujours plus de ressemblance avec la presse traditionnelle. Ils ouvrent même les pages de leurs journaux à la publicité d'autres entreprises : " Des études ont montré que s'il y avait de la publicité, le conso-lecteur pensait avoir affaire à un vrai journal, précise Simon Gerstenhaber, de l'agence Sequoia. Mais il ne faut pas qu'elle excède 20% de la pagination ". Le terme de " conso-lecteur " reflète parfaitement lidée que se fait cette presse de son lectorat.
Évolution de la presse contemporaine
Cela dit, ne soyons pas dupes. La complaisance peut sexercer différemment. La presse payante quotidienne ou hebdomadaire, sans systématiser ce fonctionnement, a su sadapter à la concurrence féroce que représente la presse gratuite. Jean-Marie Charon, dans un ouvrage sur La presse magazine (Paris, La Découverte, 1999), énumère les différentes stratégies destinées à favoriser les investissements publicitaires. La première stratégie est lorientation thématique de chaque magazine. Outre la thématique générale, le choix des dossiers peut attirer des annonceurs, dossiers parfois co-financés par une marque " sponsor ". Plus systématiquement, certaines rubriques sont mises en place pour séduire les annonceurs : " Il nest pas rare que la création de rubriques découle de la volonté de sadresser à des annonceurs peu concernés par la thématique générale du titre La même démarche conduit des magazines à concevoir régulièrement des suppléments, des hors-série ou des éditions spécifiques. Certains produits peuvent constituer de véritables sur-mesure pour une catégorie dannonceurs (voiture, informatique, plein air, tourisme, etc.). Ces quelques exemples illustrent la diversité et la souplesse de la presse magazine pour entrer dans la logique publicitaire.
Généalogie de la publicité rédactionnelle
La publicité rédactionnelle, rédigée par des publicitaires, consiste pour sa part à emprunter les formes journalistiques. Elle a connu, à travers les siècles, différentes formes et diverses fortunes. Sa forme contemporaine doit être réinterrogée à partir de son histoire.
Si la publicité reste très discrète jusquau XIXe siècle, ce constat nest pas analogue pour la publicité rédactionnelle. Il faut remonter au XVIIe siècle pour en rencontrer les premières traces. V. DAinvelle signale une publicité rédactionnelle parue dans La Gazette le 4 juillet 1631. Mais si le XVIIe siècle inaugure la publicité rédactionnelle, cest parce que les mentalités de lépoque ne sont pas celles daujourdhui. Marc Martin, dans son ouvrage Trois siècles de publicité en France (1992, Paris, Odile Jacob), souligne que " lannonce est aujourdhui clairement définie comme un message payé par celui qui le fait insérer : elle rémunère lespace du journal qui est ainsi cédé. Sous lAncien Régime, les choses ne sont pas aussi limpides.
Lannonce nest pas considérée comme un service rendu à lannonceur et quil doit payer, mais comme un service que le journal doit à labonné".
Ce nest que dans la première partie du XIXe siècle que la publicité commerciale connaît son véritable essor. Parmi les formes de publicités de lépoque, la publicité rédactionnelle, qui avait une importance considérable en termes despace, était clairement admise. Alors que les placards et les autres publicités sont relégués en quatrième page, la publicité rédactionnelle se glisse en page deux ou trois dans les informations secondaires. Marc Martin signale ainsi quen dépit de son prix " elle est deux fois plus chère que les annonces, la confiance que portent à cette époque les abonnés à leur journal la fait juger très efficace ".Les premières condamnations de la publicité rédactionnelle apparaissent à la même période. La première responsable en est la publicité financière. Cette dernière connaît des revirements sévères, notamment à la suite de laffaire du canal de Suez. Cette résistance trouvera sa première concrétisation dans la révolution quimpose Jean Prouvost à la manière de présenter linformation dans la presse française. Sinspirant des modèles anglo-saxons, il prescrit avec son Paris-Soir, dès 1930, une nouvelle forme de maquette. Il systématise le mélange du rédactionnel et des annonces publicitaires (cassant le " mur publicitaire " de la quatrième page), y compris sur la Une, maintenant une place réservée uniquement aux petites annonces. Parallèlement, il favorise la reproduction des photographies, offrant ainsi à la publicité une nouvelle manière de sexprimer. Mais cette réforme du rapport entre le journalisme et la publicité va de pair avec une réforme de la morale de cette dernière. Il promeut dune part un renforcement du contrôle du tirage, ce qui garantit une transparence pour les annonceurs et, dautre part, une suppression de la publicité rédactionnelle, réintroduite cependant par le magazine Elle en 1949. Dans une volonté de moralisation de la publicité, une ordonnance sur la presse française du 26 août 1944 exige que toute publicité rédactionnelle soit explicitement signalée, par les mentions " publicité " ou " communiqué ", comme cest le cas aujourdhui encore.
La publicité rédactionnelle est ainsi passée, du XVIIe siècle au XXe siècle, dun service rendu par le journal à son abonné, à une pratique " hypocrite et dissimulée " quil faut à tout prix interdire ou endiguer.
La publicité rédactionnelle : la publicité caméléon
Bien que précédant historiquement de près de deux siècles la naissance de la publicité moderne, la publicité rédactionnelle se définit aujourdhui en opposition à cette dernière. La publicité rédactionnelle favorise largumentation, souvent renforcée par la présence de paroles dexperts ou de témoins, au détriment de la construction dunivers imaginaires hyperboliques propres à la publicité.
Mais elle remet plus radicalement encore en question la définition de la publicité par la (con)fusion de deux formes distinctes, et le camouflage de lune, la publicité, par lautre, lécriture de presse. La publicité rédactionnelle est une publicité caméléon qui emprunte la forme conventionnelle de larticle journalistique. Le but dune telle stratégie est double. Dune part, elle permet de dissimuler la nature publicitaire de son propos, évitant ainsi le " zapping " de presse écrite. Dautre part, elle permet d'échapper à la suspicion du lecteur face à son discours et de profiter, de cette manière, de la confiance que ce dernier alloue au contenu rédactionnel de son journal ou de son magazine. Annoncée par des mentions explicites, la publicité rédactionnelle contemporaine profite de désignations multiples et quelque peu anarchiques comme publicité, communiqué, publi-information, publi-rédactionnel, publi-communiqué, reportage commercial, annonce, etc.
Certaines de ces mentions désignent des formes particulières de publicité rédactionnelle, selon le genre journalistique emprunté : publi-reportage, publi-interview, publi-enquête, etc. À tel point que le récent Glossaire de la publicité édité par Publicitas Lausanne ne mentionne pas la publicité rédactionnelle, mais définit le " publireportage " comme suit : " Annonce ou diffusion TV qui sintègre par sa forme rédactionnelle au vecteur ". La publicité rédactionnelle contrefait donc les reportages, interviews et autres genres rédactionnels pour tromper le lecteur naïf. Cette pratique sest à tel point institutionnalisée quil existe des agences spécialisées en publicité rédactionnelle.
Trois exemples classiques de publicité rédactionnelle
n° 2. (Marie Claire, 2001). La publicité rédactionnelle emprunte fréquemment le genre de linterview journalistique pour rechercher une implication maximale du lecteur. Le " communiqué " traditionnel recourt aux formes de linterview, du reportage et du témoignage. Ainsi, le communiqué de Kelloggs (n° 2) articule trois affirmations que le consommateur pourrait être à même de se poser et les commente Le lecteur est ainsi directement interpellé et impliqué dans la communication construite par la publicité : un " nous " dabord, présent dans le sous-titre et dans la légende, un " je " ensuite, présent dans les trois simulacres de question. Le texte est pour sa part construit sous des formes argumentatives fortes, comme lénumération (les " 3 raisons ") ou la présence de connecteurs (" si ", " cest pourquoi " et " donc " pour la seule deuxième réponse-paragraphe).
On pourra encore être surpris au passage par linflation de lastérisque (*). Présente quatre fois dans lannonce, elle revoit à la note de bas de page, qui signale 0,3% de matière grasse, et non 0% comme indiqué par le logo ! Quoi quil en soit, ces textes sont surtout marqués par la ressemblance frappante quils partagent avec les articles rédactionnels. Tous les éléments y sont convoqués : titre, sous-titre, intertitre, photo légendée, vulgarisation scientifique, etc.
n° 3. (Marie Claire, 2001). La publicité rédactionnelle recourt souvent au genre du reportage journalistique pour masquer sa nature publicitaire. De ce point de vue, le communiqué de Lancôme (n° 3) est exemplaire du procédé classique de lassociation laudative. À linverse de Kelloggs, le reportage est ici mis en scène. Lannonce a elle aussi été fondée sous le patronage de lhabillage journalistique : titre, sous-titre, etc., jusquau cabochon (petit carré noir) qui marque la fin de larticle. Mais ici, à lexception du " vous " présent dans le sous-titre, lensemble de lannonce ex-communie le lecteur. La plus grande partie du texte est un véritable reportage retraçant la vie de Tiger Woods, figure emblématique et anticonformiste du golf mondial. Les deux courtes colonnes qui ponctuent larticle font enfin apparaître les produits Lancôme, toujours sous légide de linformation. On notera au passage la thématique privilégiée de la couleur, puisque aussi bien le sous-titre (" sous les couleurs de la beauté "), que la fin de la première partie (" lhomme arc-en-ciel qui fait swinguer le nouveau melting-pot américain ") et la fin de la deuxième partie de larticle (" sous les couleurs de la beauté ") sont marqués par cette isotopie.
Ces deux communiqués reflètent parfaitement la tendance générale des publicités rédactionnelles à emprunter en priorité les genres de linterview et du reportage. Ils sont également représentatifs de loscillement entre des communiqués particulièrement informatifs et objectifs (n° 3) et dautres emprunts de formes beaucoup plus laudatives et subjectives (n° 2).
n° 4. (Femina 2001). Ce publi-reportage sapparente au genre du témoignage, transposant les paroles de McMahon, championne olympique de triathlon. La troisième forme, celle du témoignage, ne sapparente pas à proprement parler aux formes journalistiques. Transposant en général les paroles dune personne dexception, ce type de publicité rédactionnelle jouit soit de la notoriété de la personne (star, sportif, etc.), soit de son vécu " extraordinaire ". Dans une publicité rédactionnelle signée Nestlé (n° 4), le lecteur reçoit les conseils avisés de Brigitte McMahon, championne olympique de triathlon. Lensemble de la publicité sorganise autour des paroles expertes de la championne, à linstar du titre slogan : " Mon petit-déjeuner se compose de trois disciplines ", articulé sur un jeu de mots entre les trois disciplines de son " petit-déjeuner " (Saveur, Santé, Rapidité) et les trois disciplines constitutives du triathlon (Natation, Course à pied, Vélo). Cest donc un mélange entre témoignage (elle consomme quotidiennement le Nestlé Good Morning, ce qui laisse entendre quil serait le secret de sa réussite ) et parole dexpert (la championne est aussi diplômée en biochimie ETH Zurich , à en croire le lead) qui échafaude la structure argumentative de la publicité. Aux trois disciplines matinales correspondent trois intertitres reprenant les paroles de McMahon.
Le texte met en place pour sa part une communication organisée autour dune récurrence de " vous " interpellant le lecteur : " Avec Good Morning, vous partez du bon pied dès le matin " ; " Good Morning vous offre également la portion idéale de plaisir ", etc. Cette interpellation est relayée par le regard direct de McMahon sur deux des trois photographies de la publicité. Ce texte provoque une confusion entre formes impersonnelles et formes interpellantes et impliquantes, ce qui fait que lon a du mal à définir le réel acteur de la prise en charge des arguments : McMahon, ou un journaliste au service de la marque ? On notera enfin que le pack shot et le logo en signature permettent facilement lidentification du produit et lattribution à la marque. Mais bien souvent, les publi-reportages du type témoignage (" Comment j'ai perdu 20 kilos en 3 mois ", " Comment je suis devenu millionnaire ", etc.) jouent volontiers sur l'ambiguïté : les personnes interviewées sont présentées sous un nom d'emprunt et leur existence réelle est rarement vérifiable.
Mais que fait la police ?
La Commission suisse pour la Loyauté dans la Communication commerciale, organe indépendant d'autocontrôle équivalent suisse du Bureau de la Vérification de la Publicité français (BVP) , réunit des représentants des médias, des publicitaires et des consommateurs. Cette commission a notamment pour mission de constater à la demande d'un plaignant des faits déloyaux dans le domaine de la publicité et d'y mettre fin avec la collaboration des médias. Cela dit, elle n'a pas les moyens d'imposer des sanctions, ni de se constituer partie civile.
Cette Commission reconnaît un certain nombre de règles en la matière. Nous lavons dit, la publicité rédactionnelle doit être annoncée comme telle. Le message devrait, en outre, être visuellement différencié des pages rédactionnelles. Sur ce point, l'expérience montre que les publicitaires jouent l'ambiguïté, empruntant volontiers une ligne graphique proche de celle du journal. Le contenu, en particulier dans la forme du témoignage, devient difficilement vérifiable. Pourtant, la Commission suisse pour la Loyauté dans la Communication commerciale exige que le contenu des messages publicitaires soit vrai : " Fardeau de la preuve : Lannonceur doit pouvoir prouver la véracité de ses messages publicitaires " (art. 1.8). Mais entre le vrai et le possible, il y a un espace flou que les annonceurs se sont empressés d'occuper !
Une communication exemplaire dun communicateur avisé :
McDonalds ou le brouillage de lémetteur
n° 5. (Femme Actuelle, 2001). Cette publicité rédactionnelle exemplaire réorganise les acteurs de la communication : lémetteur, le récepteur et le référent. On la vu, la publicité rédactionnelle consiste à brouiller lidentité de lannonceur, ou mieux, à la masquer. De ce point de vue, une publicité McDonalds (n° 5) est exemplaire. La mise en forme des divers constituants (photographie, tableaux, encadré, texte) correspond en tout point à une page rédactionnelle du magazine. On notera toutefois labsence de signature, ce qui permet au texte de construire lidentité de lémetteur sans la désigner explicitement. Au premier coup dil, seule linscription " publi-communiqué " informe de la véritable nature de cette pleine page. Cette inscription induit le schéma de la communication suivant :
Cependant, mise à part linscription " publi-communiqué ", tout semble promouvoir une autre distribution des rôles. Lémetteur, McDonalds, apparaît à maintes reprises sous une forme abrégée " McDo ". Lemploi de ce terme populaire excommunie lémetteur McDonalds ne sauto-désignerait jamais officiellement par ce diminutif , le déplaçant en position de référent, au même titre que son " Happy Meal ".
À la lecture du lead-chapeau, la place laissée libre par McDonalds semble être investie par un journaliste très proche de son lectorat : " Le week-end ou le mercredi, si on demande leur avis à nos chers petits, on se retrouve invariablement chez McDo. Que lon proteste ou que lon se fasse une raison, il y a deux ou trois choses à savoir sur leur menu de prédilection ". Envisager même lidée quon puisse protester reflète une ouverture desprit quil est rare de rencontrer en publicité traditionnelle : il y a ici un réel effet dobjectivité. On notera enfin que dans cette introduction, rien ne nous dit encore si ces " deux ou trois choses à savoir " sont de lordre du positif ou du négatif. Laccent semble donc être mis sur de linformation objective plus que sur quelconque promotion laudative.
Lutilisation complémentaire des pronoms " on " et " nos ", récurrents tout au long du texte, crée une proximité entre lhypothétique journaliste et les parents lecteurs. Ces derniers sont par ailleurs les seuls à conserver leur place dorigine dans le schéma de la communication construit par le texte. En effet, tout au long de larticle, une seule phrase dissocie lémetteur fictif de son lectorat : " Vous ne pensiez tout de même pas faire de McDo leur cantine quotidienne ! ". Argument qui simule là aussi une information non partisane à la cause McDonalds Au final, le schéma de la communication construit par le texte est le suivant :
Le déplacement de lémetteur réel (McDonalds) en position de référent (" McDo "), la construction textuelle dune fausse identité de lémetteur et la complicité quinstaure le texte entre cet émetteur fictif et les lecteurs, conduisent à la (con-)fusion des instances.
Ce brouillage subtil de lémetteur permet à McDonalds de lever les suspicions qui pourraient peser sur un argumentaire qui lui aurait été directement attribué. Le propre de la publicité rédactionnelle nest-il pas de profiter de la confiance allouée par le lecteur au contenu rédactionnel (impartial) de son magazine pour lever les barrières de la méfiance envers la pub (partiale) ? Mise en page, construction dun schéma de la communication fictif, fusions et confusions, tout sallie sur cette page pour faire oublier la réelle nature de ce texte et le déguiser sous les traits dun article journalistique. En cela, il constitue bien un cas décole de la publicité rédactionnelle.
En définitive, oscillant entre des formes plus laudatives et dautres plus informationnelles, la publicité rédactionnelle se définit surtout par une mise en forme et une mise en pages empruntées à lécriture journalistique. Cela dit, une bonne publicité rédactionnelle ne peut se contenter de ces emprunts, elle doit également contrefaire un genre journalistique, comme linterview ou le reportage. Dès lors, lex-communication de lannonceur est la bienvenue, pour privilégier un lien entre un journalistique fictif et un lecteur " naïf ".
De la publicité rédactionnelle à la parodie
n° 6. (LÉquipe Magazine, 1996). Cette publicité parodie les formes journalistiques des magazines people. Une publicité (n° 6) en double page, publiée dans le magazine de LÉquipe en 1996, parodie les formes journalistiques des magazines people. Les grands titres, le scoop annoncé (" Exclusif "), les nombreuses photographies, dont certaines prises sur le vif (" flou et cadrage imparfaits "), tous les codes des scoops à la paparazzi sont convoqués. Seul fait étrange dans cette composition, une énorme Micra, comme si sa taille était inversement proportionnelle à son nom. La parodie se met alors en place de manière systématique. À ne reprendre que les légendes des photographies et les intertitres, on constate un jeu systématique entre les valeurs du mariage et la conduite automobile : " Des feux de détresse se lisent dans leurs yeux " ; " La Nissan Micra boîte automatique a totalement changé leurs rapports " ; " La princesse déclare : sa conduite est un petit peu trop facile " ; " Nous sommes parvenus au bout de la route sans nous en apercevoir " ; " Il fréquentait des boîtes pas très automatiques " ; " Avec une Nissan Micra cest facile de perdre les pédales " ; " Le père se braque. Il a trouvé une rousse de secours ". Parodie dun article de journal, sans être une publicité rédactionnelle, cette publicité est pourtant tout cela en même temps.
Pour plus dinformation sur la Commission suisse pour la Loyauté dans la Communication commerciale :
Kappelergasse 14
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8022 Zurich
Tél. 01 211 79 22
Fax 01 211 80 18
E-mail: info@lauterkeit.ch
http://www.lauterkeit.ch/indexF.htmlVoir aussi l'analyse présentée par François Jourde
* Cette contribution sinscrit dans le cadre dune recherche financée par le Fonds National Suisse pour la recherche scientifique (requête n° 1214-063943.00).
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