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Le magazine d'information des professionnels de la communication
FRP 4.02 Avril 2002
La publicité au goût du jour :
Images du tatouage et du piercing.
Signe tangible de linévitable récupération par le marketing des tendances daujourdhui, le tatouage est entré dans la publicité. En tant quélément de mode, le tatouage sest fait une place évidente dans lunivers publicitaire. De nombreux tatouages de marques ou de logos y ont vu le jour. Des arguments de vente sont tatoués sur les personnages. Ailleurs, le tatouage, fruit dune réelle volonté daccroche, inscrit tel produit ou telle marque dans la modernité.
Si, depuis un siècle, sa pratique sest considérablement développée en Occident, il continue à provoquer des réactions diverses et mitigées : comme expression artistique, il suscite intérêt et admiration ; comme pratique en marge, il dérange. À part quelques excentriques de la haute société ou certains intellectuels et artistes hors normes, ce sont plutôt les délinquants, les marins, les prostituées ou encore les soldats qui, dans limaginaire collectif, sen affublaient à lorigine. Mais ces dernières années, le tatouage sest démocratisé, et avec lui, sa représentation.
Autre décoration corporelle, le piercing jouit lui aussi dune tradition ancestrale. En occident, à lorigine recyclé par les adeptes du sado-masochisme, il est aujourdhui devenu un phénomène de mode. Egalement rentré dans larène publicitaire, il ne la pourtant pas fait sous les mêmes auspices que le tatouageOrigines lointaines
Le capitaine Cook a été le premier, lors de ses voyages dans les mers du Sud, à décrire la pratique du tatouage que ses marins avaient baptisée " tattow ", du mot polynésien " tatta ", qui signifie " frapper ". Durant deux siècles, sur toutes les mers du monde, les matelots ont ainsi offert leur peau aux tatoueurs pour quils y immortalisent leurs légendes.
Mais, bien auparavant déjà, la pratique du tatouage avait constitué la première carte didentité de lhomme. De tout temps, et sous toutes les latitudes, les peuples se sont en effet tatoués ou scarifiés, selon la couleur de leur peau. On a ainsi retrouvé aux Etats-Unis des pointes dos datant de 13000 ans avant Jésus-Christ, dont on suppose quelles étaient des instruments de tatouage. Au-delà de ces traces, la découverte, en septembre 1991, de la momie Hötzi, dans un glacier à la frontière italo-autrichienne, constitue la preuve directe la plus ancienne de lexistence du tatouage corporel. Agé de quelques 5300 ans, cet homme présente des dessins en plusieurs endroits du corps, qui semblent indiquer des points dacupuncture.
Les fonctions du tatouage
Les motivations du tatouage sont tout aussi diverses que les sociétés humaines qui lont pratiqué et le pratiquent encore, et varient en fonction des époques. Elles peuvent être culturelles, identitaires, initiatiques, guerrières, prophylactiques, esthétiques, religieuses. Le tatouage peut ainsi être :
symbole de distinction sociale et hiérarchique (chef spirituel, sorciers, etc.)
marque dinfamie ou de servitude (esclaves, juifs durant la seconde guerre mondiale)
signe communautaire (tribus, marins, militaires) ou, au contraire, de distinction (carte didentité corporelle, affirmation de sa propre identité)
symbole religieux ou mystique
procédé de camouflage pour la chasse ou dintimidation de lennemi
épreuve de rite initiatique
trace de passage par des périodes clés de la vie
marque médicale (points dacupuncture ou autres)
attribut esthétique et parure de séduction
moyen de dissimulation des imperfectionsPlusieurs de ces fonctions ont été récemment mises en scène sous divers angles. Ainsi, la fonction dappartenance à un groupe se traduit à travers la fonction de désignation dune partie de la communauté homosexuelle. En revanche, par sa fonction de distinction, le tatouage manifeste son inscription dans la modernité (mode, trend) et symbolise la liberté, lémancipation envers lautorité parentale, etc. Son caractère séducteur a pris quant à lui une ampleur décisive. À ces différentes fonctions, il faut encore associer la distinction entre les diverses formes de tatouages. Alors que certains dentre eux consistent en de discrets signes tribaux monochromes, généralement placés sur des parties " camouflées " du corps, dautres saffichent spontanément en couleurs et en caractères typographiques sur des parties plus visibles (bras et avant-bras par exemple), jusquà prendre une ampleur considérable en surface (tout le corps) comme en position (sur le visage par exemple).
La publicité, qui utilise fréquemment la caractéristique première du tatouage, à savoir sa nature indélébile, joue donc sur plusieurs des registres évoqués et fait tour à tour du tatouage :1. Un signe identitaire (virilité, homosexualité, etc.)
2. Une marque indélébile, traduisant la fidélité
3. Un signe de modernité, de tendance, allié à la séduction
4. Un symbole de liberté
5. Un symbole déternitéLe parcours rapide de ces différentes fonctions ne doit pas masquer un constat plus quévident : un tatouage endosse en général de multiples fonctions simultanément.
1. Lentrée du tatouage dans la publicité : de la virilité à lhomosexualité
n° 1. Maillot blanc-bleu ligné, tatouage en forme de cur, tout sallie pour désigner le marin et lhomosexuel, deux communautés friandes de tatouages. Le recours au tatouage nest pas un phénomène récent dans la publicité. Tout semble avoir commencé en 1954, lorsque Leo Burnett a eu recours au symbole de virilité associé au tatouage, propre aux aventuriers et aux guerriers, pour des campagnes Marlboro. Dès lors, la réelle évolution de limage du tatouage contemporain est son émancipation de sa vocation première, pour symboliser tour à tour la mode, lidentité, lindividualité ou encore la fidélité à la marque.
n° 2. Ficelé par des lutins, la victime se voit tatouer sur le front le nom du produit " De dérangeants parasites " Jean-Paul Gaultier nous a ainsi habitués au stéréotype du marin homosexuel. Reprenant cette iconographie, une publicité Fishermans Friend (n° 1) exhibe le tatouage dun bateau inscrit dans un cur sur le biceps dun marin : lhomosexualité est ainsi suggérée. Le slogan " Le goût de foudre " est incarné visuellement par la foudre qui traverse le cur.
2. Tatouages de marques et nature indélébile du tatouage
Parallèlement à cette évolution générale, de nombreux fans se font tatouer leur marque préférée : des motards portent le sigle Harley Davidson, le sigle de Nike a fait son apparition dans le monde du rap, etc. Pourquoi la publicité ne tatouerait-elle donc pas ses personnages ? Très fréquents sont ainsi les tatouages relayant soit le nom de la marque, soit la promesse, soit encore un argument de vente.
En 1999, www.outpost.com remporte un prix à Cannes pour avoir tatoué son nom sur le front des bambins dune maternelle. Allant dans le même sens, lun des personnages dune publicité DDP (n° 2) porte vraisemblablement sur son front la version intégrale du sigle de la marque : " De Dérangeants Parasites ".
Dans dautres cas, ce sont les arguments de vente qui sont tatoués sur les personnages. Dans un spot TV, un homme entre dans un salon de tatouage pour se faire estampiller " 99.- " sur le bras, prix le plus bas garanti par MediaMarkt, magasin audio et électroménager. Une publicité Mercedes (n° 3) remplace pour sa part toutes les taches dun guépard par le sigle CDI pour métaphoriser le type de moteur, alliant " élégance, puissance et rapidité ". Dans une publicité Michel Jordi (n° 4), une petite vache, symbole du " nouvel esprit suisse " (" The new spirit of Switzerland "), orne le bras dune jeune femme On notera la référence au couple biblique dAdam et Eve, avec la présence certainement pas fortuite du fruit défendu. Est-ce à dire que la montre, remplacée sur le bras de lhomme par un ruban énigmatique, serait le symbole métaphorique de la tentation ? Cette montre serait-elle le fruit défendu des temps modernes ?
La publicité Sunrise (n° 5) reprend à son compte le caractère a priori indélébile du tatouage. Sunrise, dont on se souvient quelle a racheté lopérateur de téléphonie mobile Diax (les tons rouges de la publicité rappellent lidentité plastique de Diax), veut visuellement démentir lidée selon laquelle, lorsque lon passe dun opérateur de téléphonie mobile à un autre, il nest pas possible de conserver le même numéro, ne serait-ce quà cause de lindicatif : (079) = Swisscom ; (078) = Orange ; (076) = Diax. Or, depuis un certain temps déjà, la ComCom a contraint les trois opérateurs, pour des questions de concurrence, à autoriser le passage de lun à lautre tout en conservant le même numéro, y compris lindicatif. Visuellement parlant, lindélébilité du tatouage traduit cette possibilité offerte au consommateur de passer dun opérateur à un autre sans changer de numéro. Quoi de plus parlant que demprunter lindicatif de son concurrent le plus populaire, le 079 de Swisscom, pour incarner ce changement possible ? Entre démonstration par lexemple et symbole de modernité, le tatouage permet ici de parodier une publicité comparative Pour les petits curieux, le 079 409 21 67 donne accès à des informations sur les services de téléphonie mobile de Sunrise Fait intéressant, la bande préenregistrée sadresse à son interlocuteur via un " tu " : le tatouage est donc clairement ici un signe de jeunesse et de modernité.
3. Le tatouage, un symbole de séduction et davant-garde
Le tatouage est massivement utilisé dans la publicité comme symbole de modernité et douverture. Une publicité Fiat Seicento (n° 6) est en cela exemplaire. Cette dernière représente le buste dune jeune femme destiné à illustrer métaphoriquement largument de vente de cette petite voiture colorée : le costume de bain deux pièces reprend les couleurs bigarrées de la voiture attenante. Un il averti ne manquera pas de remarquer un discret tatouage pointer hors du maillot Difficile de ne pas y voir lincarnation de la mode et des tendances, concept général de la publicité, relayé dans les textes par des expressions comme " fashion ", " en vogue ", " seicento brush ", " hyper tendance ", " donne le ton " ou encore " modèle prêt-à-conduire ". Le rédactionnel dune publicité IBM (n° 7), où lon découvre un nombril tatoué, thématise cette volonté de modernité : " Orsay ne voulait pas seulement être à lavant-garde de la mode, mais désirait aussi faire sensation sur le Web. [ ] Le site Orsay présente aussi lactualité de la mode et dispense une foule de conseils sur la meilleure façon de shabiller ".
Le tatouage du jeune homme de la publicité Swatch Irony (n° 8) suggère pour sa part le caractère non seulement moderne, mais encore rebelle et anticonformiste et donc très tendance du produit proposé. À suivre le slogan daccroche (" I want to get married "), un jeu entre les valeurs traditionnelles du mariage et lanticonformisme du personnage fonctionne sur le mode ironique, à lenseigne d" irony "
Les marques Eau Jeune et Gucci exacerbent quant à elles cette symbolique. Dans la publicité Eau Jeune (n° 9), le nom du produit, " Possession ", senveloppe dune image torride, aux teintes asiatiques (corps nus, visages extatiques, lumière ambrée, " tu es à moi "). Les tatouages massifs ornant les deux corps enlacés relayent le texte du pack shot, sur lequel se trouvent des idéogrammes similaires (les deux principaux idéogrammes chinois signifient respectivement " posséder " et " eau "). Lidée de possession exprimée par le slogan " tu es à moi ", par le nom du produit et par les idéogrammes tatoués, est relayée dans limage par la position de la femme, à laquelle le parfum semble garantir une totale domination sur la gent masculine4. Le tatouage comme symbole paradoxal de liberté
Dans une publicité pour Gauloises (n° 10), un casque ailé, symbole de la marque, est tatoué sur le bras du jeune homme, vraisemblablement épris de liberté. Au slogan " Liberté toujours " répond la double émancipation du jeune homme : la cigarette, aujourdhui quasi rite initiatique permettant de passer à lâge adulte, et le tatouage, dont la symbolique nest pas très éloignée. La caractéristique indélébile du tatouage fonctionne par ailleurs avec " toujours ". Introduire lidée de liberté dans un contexte de dépendance est ainsi très habile A cet égard, il est intéressant de souligner que les versions féminines de cette campagne (n° 11, 11bis) ne se servent pas du tatouage. Le casque ailé est brodé sur le T-shirt de la jeune femme ou sur son sac à main. Cest à se demander si seul lhomme peut décemment inscrire la liberté dans sa chair (fait supplémentaire, contrairement à la femme, son regard ne se porte pas sur le lecteur, mais fixe lhorizon au loin) ? Cet abandon du tatouage dans les versions féminines est peut-être aussi révélateur dune connotation du tatouage plus négative chez la femme que chez lhomme. Le rejet de la couleur bleu sur les packagings de la marque a été relayé par la forte dominance de bleu en fond comme pour les habits. Quant au slogan, " Blondes. Liberté toujours ", il a été remplacé dans la version féminine par " Liberté toujours ", peut-être parce que " Blondes " ne convenait pas à une jeune brune ! Il y aurait peut-être été plus ludique, quoi que moins subtile, de réconcilier les mots et les images en optant pour une mannequin blonde.
5. La fidélité, pour la vie
Plusieurs publicités jouent enfin sur lidée déternité intimement liée au tatouage. Le mannequin dune publicité Givenchy (n° 12) sest fait tatouer le flacon de son parfum accompagné dun " forever ". En position ftale, la jeune femme dune publicité Perrier Jouët (n° 13) porte sur son dos les fleurs reproduites sur la bouteille de champagne. Le jeu entre le noir-blanc et la couleur met en évidence le tatouage et crée un lien entre ce dernier et le produit. Le slogan met en mots ce quincarne le tatouage : " Unforgettable " (" Inoubliable "). Goûter à ces produits reviendrait semble-t-il à sy attacher pour la vie.
Une publicité Swatch (n° 14), parue à loccasion de la St-Valentin, joue elle aussi sur cette idée déternité, mais dans un autre registre. La jeune femme porte dans le creux de la hanche un tatouage en forme de cur traversé dun " forever " et saturé de prénoms masculins barrés ! Le slogan explicite le clin dil : " Love is forever. Sometimes ". Jouant sur le registre de lanticonformisme, cette publicité ironise sur les valeurs traditionnelles de lamour, le jour de Saint Valentin
Des cas antinomiques
Si la plupart des tatouages ont des fonctions positives, certains exemples sont en revanche antinomiques. Parallèlement à cet ensemble dutilisations euphoriques du tatouage coexistent ainsi quelques symboliques partiellement dysphoriques. Une publicité Philips (n° 15) met en scène une jeune femme désireuse de présenter son petit ami à ses parents : comme ce dernier a le visage entièrement tatoué, elle opte pour " la méthode douce " et lintroduit virtuellement. On comprend que le tatouage nest pas lapanage du gendre idéal Tatouage implicitement négatif, la fonction dintimidation contre lennemi propre aux tatouages faciaux est ici somme toute relayée par celles de modernité et daffirmation de sa propre identité.
Dans un autre registre, une publicité Gucci (n° 16) montre un homme sans tête vêtu dun jean sur la poche arrière duquel est brodée labréviation stylisée de la marque Gucci. La boucle de la ceinture qui accompagne le jean forme elle aussi labréviation de la marque. Outre une bague au petit doigt, lhomme affiche un tatouage sur lavant-bras composé dune sorte de demi-soleil et de linscription " one love ". Faut-il comprendre quil ne vit que pour la marque Gucci, symbole aujourdhui, semble-t-il, de liberté et de dépassement des tabous ? La position de la main, suggérant la masturbation et faisant tangiblement glisser cette publicité vers la sphère intime du " porno chic ", invite à cette lecture. Allant dans le même sens, une autre publicité Gucci (n° 17), représentant cette fois un couple, donne à lire sur la poitrine de lhomme un tatouage encore plus évocateur : " Only God Can Judge me " (" Dieu seul peut me juger "). On notera que lépaule de sa douce masque un pendentif parfois symbole religieux. La croix du
tatouage est quant à elle difficile à identifier. Entre mysticisme et iconoclasme, cette publicité joue sur le terrain glissant de lanticonformisme.
n° 18. Peu symbolique comparé au tatouage, le piercing ne peut que cibler la jeunesse branchée.
n° 19. La conversion dune jeune fille branchée en une jeune mère épanouie est aussi peut crédible que ne lest lefficacité dune publicité où personne ne voudra se reconnaître.
Le tatouage, daccord. Mais le piercing, faut pas pousser !
Si aussi bien les piercings que les tatouages sont désormais rentrés dans les murs occidentales, dans la publicité, ils nont vraisemblablement pas la même aura. De nombreuses campagnes, à linstar de la campagne 2000 de Swisscom (n° 18) pour les jeunes, ont présenté des adolescents affublés de toutes sortes de piercings. Récemment, lassurance Groupe Mutuel (n° 19) a publié une publicité construite en miroir horizontal, régi par le principe de temporalité (de 1995 à 2001). Cette construction binaire tire son sens de la symbolique du piercing : limage du haut présente une jeune femme affichant un maquillage généreux, une couleur de cheveux flamboyante ainsi que des piercings au menton et dans le nez ; la deuxième image présente la jeune femme rebelle transformée en une discrète et souriante mère de famille. Ne sommes-nous pas face à deux représentations stéréotypiques des individus, celle de ladolescente marginale et celle de la douce mère au foyer ? Qui cible ce scénario ? Viser une cible bicéphale nest certes pas impossible, mais dans le cas présent, on peut se demander si ses deux pôles ne sont pas irréconciliables. Il semble en effet se profiler un jugement de valeur invitant à préférer la communion familiale à lexpression individuelle de sa personnalité. Les légendes respectives des deux images convergent dans ce sens : alors que celle de la première image, " assurée individuellement " peut porter une connotation négative, celle de la seconde image, " assurée Global famille ", jouit assurément dune connotation positive.
Le piercing, pas si tendance que ça ?
Une publicité double page Pioneer Investments (n° 20) stigmatise plus clairement le piercing. On découvre sur la page de gauche un quadragénaire, dûment encravaté à la manière dun homme daffaires, curieusement affublé dun piercing dans le nez. Le slogan placé sur la page de droite pose un jugement de valeur explicite : " De largent mal placé, cest moche "
Allant dans un sens similaire, la publicité CFF (n° 21) pour le demi-tarif semble tourner en dérision la pratique du piercing : une jeune femme porte au sourcil une capsule de cannette. Le slogan commente qu" En soffrant le demi-tarif, elle aurait pu soffrir plus ". Cest en fait plus la nature du piercing que la pratique proprement dite qui est tournée en dérision.
Deux petits démentis
Alors que le tatouage semble sêtre largement démocratisé (virilité, homosexualité, modernité, fidélité, éternité, liberté, séduction, etc.), confirmant sa nature très tendance, le piercing sadresse encore exclusivement aux jeunes pour convoquer un symbolisme de modernité.
Mais aux exemples dysphoriques présentés ci-dessus répond malignement une publicité Mammut (n° 22). Cette publicité diabolique recourt à tous les codes de lanticonformisme pour promouvoir une corde de montagne Le regard perçant des yeux masqués de lentilles rouges répond bien évidemment au logo de la marque. Mais ce regard interpelle notre propre regard, nous lançant une forme de défi. Le piercing, prolongeant lidée de forte personnalité des montagnards, nincarne-t-il pas aussi les défenses du logo ? Entre rappels du logo (rondeur, rouge-noir, défense) et marque identitaire transgressive, lentilles et piercing nont rien de négatifAutre publicité, autre exemple. À linstar de la dernière campagne de Dimanche.ch (sur lune des affiches, une langue happe le piercing dun sein masculin), une publicité pour les briquets Cricket (n° 23) met le piercing sous la loupe. Bien que limité à un très gros plan, le reste du visuel ne suggère pas de transgression des codes usuels : rouge à lèvre classique, dents dune blancheur immaculée (pour une fumeuse ), collier de perles rouges, etc. Mis à part la dominance chromatique rouge, rappelant le logo de la marque, et une langue tirée à la Einstein, rien ne choque à proprement parler. Le slogan explicite alors les raisons qui ont motivé le recours au piercing : " Cricket Un nom qui fait la mode ! ". La marque Cricket crée ainsi un lien direct entre trois entités : le nom de la marque, la modernité et le piercing.
Tatoos et piercing : affaire de mode ou de tendance ?
Alors que la mode est un phénomène inscrit spatialement (elle est souvent propre à une région) et temporellement (elle suit le cycle des saisons été et hiver), la tendance, issue dun phénomène de mode, sinscrit pour sa part dans la durée. Pour reprendre des schémas du marketing, on pourrait comparer mode et tendance aux courbes de vie des produits. Alors que la mode (a) fonctionne selon le modèle du feu de paille (lancement très rapide, aucune maturité, déclin très rapide, exemple : les tamagochis), la tendance (b) profite dune courbe de vie somme toute assez traditionnelle (lancement par la mode, croissance, maturité, et enfin déclin, exemple : lit futon).
1. Lancement ; 2. Croissance ; 3. Maturité ; 4. Déclin
Dans ce sens, si la publicité, éphémère par essence, peut intégrer les images avantageuses de la mode, dautres formes de communication, comme lidentité visuelle (logo), préfèrent les tendances, porteuses dans la durée. Gérard Caron, dans son ouvrage phare sur le design et les logos, résume parfaitement cette situation : " Le cycle de vie des modes est court, celui des tendances dure de cinq à dix ans, soit la durée de vie minimale dun logotype ". Première hypothèse : cest parce que le piercing est un phénomène de mode quil nest que stigmatisé ou tourné en dérision dans les annonces publicitaires, alors que le tatouage, pour sa part ancré dans une tendance avérée, fait partie intégrante de certaines stratégies publicitaires. Seconde hypothèse : le tatouage serait déjà situé dans une phase de maturité, alors que le piercing se situerait encore dans la phase de lancement. À lavenir de nous le dire !
La publicité, reflet et relais des tendances sociales
Lapparition du tatouage et du piercing dans la publicité confirme que cette dernière offre une représentation souvent stéréotypée des identités sociales. Fortement ancrée dans lhistoire et dans la culture, elle est un témoin parmi dautres des diverses évolutions de son contexte direct.
Lexploitation tant de limage du tatouage que de celle du piercing dans la publicité sont révélatrices de certaines modifications et de certaines inflexions dans les croyances et les modes de vie. Il est par ailleurs intéressant de relever le caractère involutif des rapports entre tendances et discours publicitaire, les tendances venant modifier le discours publicitaire, lui-même participant à la réforme de ces dernières. La publicité serait-il un relais indispensable des modes et des tendances ?
Pour découvrir d'autres exemple de tatouages et de piercing dans la publicité : Autres exemples
& Stéphanie Pahud
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