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FRP 10/01 Octobre 2001
Rétrospective sur le monde des start-upInterview d'Anne Dominique Mayor
Licenciée d'HEC Lausanne, diplômée en Management of Technology (MoT - EPFL), Anne Dominique Mayor est associée de ICE Institut pour la Création d'Entreprise depuis 1997. Elle a animé de nombreux séminaires pour les créateurs d'entreprise et a également enseigné le marketing à la Haute Ecole de Gestion.
Com.In : Depuis quelques années la presse parle très régulièrement des start-up. Quelles caractéristiques doit avoir une entreprise pour mériter cette dénomination ?
Anne Dominique Mayor : Il faut faire la distinction entre une micro-entreprise, qui est une société employant moins de dix personnes (cest le cas de neuf entreprises sur dix en Suisse), et une start-up. De tous temps, on a créé de nouvelles entreprises, ce nest pas un phénomène récent, contrairement à celui des start-up dont on parle depuis moins de dix ans. Une start-up soriente vers la haute technologie, elle a un fort potentiel de croissance et elle vise souvent un développement global immédiat. La micro-entreprise, elle, connaît généralement un évolution plus modeste et régionale, et elle est souvent unipersonnelle. Le mode de financement se révèle aussi très différent : dans la plupart des cas, la micro-entreprise est financée par lentrepreneur et ses proches, ce qui nest pas le cas des start-up, qui cherchent rapidement dimportants fonds extérieurs.Provenant de " business angels " par exemple ?
Exactement. Le business angel est la plupart du temps un entrepreneur ayant bien réussi et souhaitant que des gens moins expérimentés puissent bénéficier de ses connaissances et de ses ressources. Linvestissement financier existe aussi, bien sûr, mais le business angel est souvent une personne cherchant avant tout à simpliquer dans la gestion des affaires, dans la bonne marche de lentreprise. Laide ne reste que très rarement purement financière. Mais ce nest pas du prosélytisme désintéressé !Lévolution de la conjoncture est, depuis une année, marquée par la réserve et la prudence. Cette tendance entrave-t-il beaucoup les nouvelles entreprises dans leur recherche de fonds ?
Le marché est effectivement très sensible à la conjoncture, mais aussi aux effets de mode. On la vu nettement pour tout ce qui touche aux start-up et au " dot.com " (les sociétés axées sur le marché de linternet ). Il y a eu une " fièvre internet " qui est en train de retomber, et pour ce type de société, il devient difficile de trouver des fonds. Cela ne signifie pas quil ny a plus de création dentreprises en Suisse romande, au contraire.
Je suis convaincue quune bonne idée trouvera toujours un financement. De plus, une entreprise ayant réussi à démarrer en période de crise économique se révélera certainement, à moyen terme, plus solide quune autre.
Est-ce que les stock options suffisent encore à attirer des collaborateurs qualifiés ?
Il sagit dun contrat permettant à un employé dacheter des actions de sa société à un terme et un prix donné, ce qui peut représenter un gain supplémentaire non négligeable pour ce dernier si la compagnie connaît une plus-value importante (suite à une entrée en bourse ou à un rachat de lentreprise par exemple). En cas de mauvaise conjoncture, lemployé na aucun intérêt à exercer ce droit, il y perdrait. Ce type de rémunération reste une solution intéressante pour deux raisons : tout dabord, elle permet aux entreprises dengager des collaborateurs de valeur sans que cela pèse sur les liquidités. De plus, lemployé se sent ainsi réellement responsable des résultats de sa société.
La conjoncture étant plutôt morose, les collaborateurs des start-up se sentent sans doute floués en ce moment, et leur proposer des stock options afin de les attirer dans une société nest plus aussi efficace quil y a quelques années ! Jespère cependant quil y naura pas de retour en arrière, et que les gens se sentiront toujours concernés par lentreprise pour laquelle ils travaillent. Les grandes sociétés organisent régulièrement des séminaires de motivation, de stimulation de l'esprit dentreprise, cest ce que lon appelle " lintrapreneurship ". Elles savent que cela peut leur apporter beaucoup.Connaissez-vous le taux de succès des start-up ?
Il reste difficile à définir, tout dabord par manque de recul. Un recensement fédéral des entreprises a lieu tous les dix ans, mais on ny fait pas la différence entre start-up et micro-entreprises. Je perçois une fragilité plus grande chez les start-up. Tous domaines confondus, une entreprise sur deux ne passe pas le cap de la cinquième année. On sait cependant que le taux de survie dans la première année oscille entre 80 et 85%, ce qui ne constitue pas pour autant une garantie de succès pour la suite. De plus, le soutien à la création dentreprise a fait son apparition il y a seulement quinze ans en Suisse romande et reste relativement peu développé dans notre pays.
Quelles sont les principales causes déchec des entreprises se lançant sur le marché ?
On peut les classer en trois catégories. Le facteur humain est le facteur principal. Certaines personnes ne sont pas faites pour le rôle de patron, qui exige une énorme capacité de travail, une grande résistance au stress et une bonne santé. On assiste aussi à des associations malheureuses, ou on remarque au contraire une absence dassociation alors quun partenaire serait nécessaire. Le marché décide également du sort dune nouvelle société. Si le produit ne répond pas à un besoin, son lancement sera un échec, il ne faut pas sillusionner à ce sujet. Le dernier élément est bien sûr le facteur financier : pas assez, ou au contraire trop dinvestissements (qui engendreront des charges fixes très importantes) se révèlent très néfastes, tout autant que labsence totale de contrôle sur les dépenses, que lon rencontre dans certaines jeunes entreprises.
Le succès se construit sur les mêmes domaines-clefs : une personnalité compétente sachant sentourer de collaborateurs qualifiés, un produit répondant à un besoin, une communication efficace, et des investissements équilibrés.Comment communiquent les nouvelles entreprises ?
Ces sociétés doivent avant tout se faire connaître, souvent dun petit nombre de partenaires très spécifiques (noublions pas que la plupart du temps elles sont elles-mêmes très spécialisées). Elles privilégient en général les brochures, les plaquettes, les relations publiques, les contacts directs. Lentrepreneur doit payer de sa personne. Etre connues du grand public ne seraient pas très utile à ces compagnies, elles ne font donc pas de publicité au sens traditionnel du terme. De plus, ne disposant pas de ressources très importantes, elles concentrent leur communication.Avez-vous une pub " coup de cur " ?
Jadore les réceptions de lambassadeur des pubs Ferrero Rocher et, ainsi que les marmottes de Milka emballant le chocolat. En général, jaime les publicités comportant de lhumour et du second degré. En affichage urbain, je peux citer les publicités détournées Tribolo, je les trouve drôles, même si leur efficacité peut être discutée.Comment voyez-vous la publicité dans vingt ans ?
Pour moi, internet a tout bouleversé. On la dabord pris pour un nouveau média, mais cest bien plus que ça. Internet a créé de nouveaux formats, de nouvelles pubs animées. La frontière entre publicité et communication devient floue. On assiste à lapparition de nouvelles manières de communiquer, bien plus ciblées et rapides, quasi instantanées. Cette instantanéité de linformation modifie aussi le paysage publicitaire : les gens vont chercher linformation sur internet, ils ne restent plus passifs en attendant quon la leur fournisse. Les entreprises ont la possibilité de suivre leur client alors quil est on-line et de lui délivrer leur message. On passe du " mass media " au média individuel, adapté à chacun. Lavenir de la publicité se trouve dans la personnalisation du message.
Propos recueillis par Floriane Jacquemet
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