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FRP • 09/01 • Septembre 2001


Xavier Deniau. Profession comédien

Comédien d’origine française installé à Berne, Xavier Deniau a obtenu en 1995 un diplôme de l’école de mime de Marcel Marceau et a effectué plusieurs stages dans des domaines touchant au monde de la comédie. Il a également participé à la réalisation de nombreux films et affiches publicitaires.

COM.IN : Est-il possible, pour un comédien, de vivre de son métier en Suisse ?
XAVIER DENIAU : C’est une question ardue, mais je pense que oui, on peut vivre de ce métier. Il se passe beaucoup de choses, la TSR propose régulièrement de nouveaux feuilletons, il existe une multitude de petits théâtres, etc. Un site internet, www.comedien.ch, a également été créé. Les comédiens suisses ont ainsi l’occasion de se faire connaître à l’étranger. Il existe aussi de nombreuses co-productions entre la Suisse et la France. Chabrol, Godard et d’autres tournent en Suisse. Il y a également beaucoup de Suisses dans les écoles parisiennes. Ce sont de futurs professionnels qui, je pense, auront du travail une fois leur formation achevée. En tant qu’étranger, ma situation est peut-être un peu plus difficile : je rencontre en effet le problème de la langue. Mais comme partout, c’est le premier travail qui reste le plus difficile à obtenir.

De nombreux comédiens font de la publicité. Est-ce pour eux une fin en soi ou cette activité reste-t-elle plutôt alimentaire ?
Il y a plusieurs aspects à cette question. Tout d’abord, la publicité peut être un piège : si quelqu’un devient M. Danette par exemple, il sera très difficile de sortir de ce rôle plus tard : il est grillé. Cependant, les jeunes comédiens passent souvent par la publicité pour gagner leur vie. Cette activité peut également leur amener d’autres opportunités.
Certains refusent de travailler dans ce domaine. Pourtant, un comédien est un professionnel (la comédie est un métier qui s’apprend !) qui doit être capable d’évoluer dans différents registres : théâtre, publicité télévisée, mime, photos... Refuser cette polyvalence, c’est se mettre des barrières. Il ne faut surtout pas s’auto-censurer. Quelle que soit l’activité, c’est pour moi toujours le même métier. Pour les comédiens dont le nom est connu, comme, par exemple, Depardieu pour Barilla, il est évident que cela devient une manière somme toute assez simple de gagner beaucoup d’argent.

Le risque d’être considéré comme un comédien ne travaillant que pour la publicité existe-t-il ?
Il y a quelques années, quand la publicité payait mieux, il arrivait fréquemment que des comédiens soient considérés comme des acteurs de pub uniquement. Aujourd’hui la situation est différente : de grands cinéastes réalisent des pubs, elles sont véritablement devenues de mini-films, qui requièrent d’excellents artistes. Une bonne publicité peut ainsi devenir une excellente carte de visite.

Quelles qualités un comédien doit-il avoir pour réaliser de bonnes publicités ?
Il faut les mêmes que dans le métier de comédien en général. Il faut être ouvert, prêt à faire tout ce que le réalisateur demande, ne pas avoir de barrières, etc. Il est aussi important d’être spontané, ce qui peut devenir difficile lorsqu’on recommence dix fois la même prise.

Le comédien doit-il insister sur certains aspects en tournant une pub ?
La caractéristique principale de la publicité, c’est l’exagération : il faut exagérer ses traits. Alors qu’un comédien de cinéma va tenter de rester le plus neutre possible, un comédien de publicité va aller vers la caricature. Il faut donc être très expressif. On remarque que les gens faisant de la pub ont souvent " une gueule " d’entrée de jeu, ce qui leur évite d’ailleurs de faire trop de grimaces ! Mais, heureusement, ce n’est pas la seule qualité requise pour travailler dans ce domaine.

Dans quelle mesure les acteurs peuvent-ils influencer la réalisation d’une publicité ?
En général on fait ce que le réalisateur demande et ensuite on fait quelques propositions, si l’on pense pouvoir faire mieux. C’est une pratique assez courante mais qui devrait l’être encore plus. Souvent les réalisateurs apprécient cette attitude. Chacun utilise ses compétences : on peut par exemple proposer de jouer la scène de façon plus stylisée, moins réaliste, si le contexte s’y prête. Seuls les comédiens connus peuvent vraiment se permettre d’intervenir. Il ne faut pas oublier que réaliser de nouvelles scènes coûte cher, il faut donc être sûr de soi en les suggérant.

Refuseriez-vous de réaliser une campagne pour des raisons éthiques ?
Oui, pour le nucléaire par exemple. Mais par honnêteté, je dois nuancer mon propos : c’est une question qui demande réflexion. Si on tenait vraiment à m’engager et qu’on m’offrait un contrat mirobolant, je ne sais pas quelle serait ma réaction. Je refuserais par contre tout ce qui touche à la sexualité vulgaire. Si c’est poétique, pourquoi pas...

Y a-t-il une publicité dont vous êtes fier ?
Il y en a une que j’aime bien, une publicité Budweiser, que j’ai tournée aux Etats-Unis. Mais je dois dire que je suis plutôt fier d’avoir pu faire travailler des gens qui n’avaient encore jamais décroché de contrat, ou alors du travail effectué avec les autres. Je suis très content d’avoir collaboré avec le Mime Marceau, qui a été l’un de mes grands maîtres.

Avez-vous une publicité " coup de cœur " ?
J’aime énormément les spots télévisés pour Schwepps Orange, qui mettent en scène des animaux, avec beaucoup d’humour.

Et des publicités qui vous ont déplu ou irrité ?
Je n’aime pas les diaporamas qu’on nous montre avant une séance au cinéma. Je les trouve très tristes. Je sais que c’est une question de coût mais je suis convaincu qu’on pourrait faire mieux. Tout ce qui est composé d’images de synthèse me déplaît aussi. On peut trouver cela génial mais ça ne me parle pas, c’est froid. J’aime voir l’être humain, l’homme, le vivant ! Les images de synthèse ne montrent rien, elles ne me touchent pas.
Je trouve également les publicités dans lesquelles on ne voit que des corps parfaits effrayantes. Personne n’est comme cela dans la vie ! J’aime la différence, les défauts. En Suisse, on est souvent un peu frileux du point de vue créatif, on manque de peps, de prise de risque, c’est dommage.

Comment voyez-vous la publicité dans vingt ans ?
J’ai peur qu’on utilise de plus en plus la technique, que l’artistique se perde. Je redoute qu’on aille de plus en plus vite, mais de moins en moins bien. On pourra tout faire, mais sans âme, sans racines. Mais j’ai l’espoir que cette position ne sera pas tenable…

 

Propos recueillis par Floriane Jacquemet

Publication 27

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