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Le magazine d'information des professionnels de la communication
FRP 06-07/01 Juin-Juillet 2001
La publicité radio
Interview de Michel Colin
Après des débuts en tant que journaliste, Michel Colin a travaillé pendant plusieurs années comme animateur, puis responsable de stations telles que FR3, Radio Plus ou encore Radio Nostalgie, avant de se tourner vers le marketing et de prendre la direction de Media One, la société soccupant du secteur publicitaire de ONE FM, Europe 2 et Lausanne FM.
ComIn : Les publicités radio ne communiquent que par le son. Dans ce contexte, quels ingrédients une bonne campagne doit-elle daprès vous comporter ?
MICHEL COLIN : Différents éléments doivent être réunis pour quune campagne radio soit réussie. Le premier est ce que nous appelons la consistance, cest-à-dire le message. Il doit être performant et capter immédiatement lattention de la cible. La radio ne fait pas de communication de masse, mais a recours à un ciblage très précis. Par exemple, on peut créer un message destiné à être diffusé le samedi et interpellant les personnes qui sont à la recherche dune voiture doccasion ce jour-là (on sait que la plupart des gens achètent leur voiture le samedi). Alors quils sont dans leur voiture sur le chemin du parc doccasions, ils entendront un spot commençant par " Vous qui êtes sur le point dacheter une voiture, passez à notre parc achat-vente, nous vous offrirons les services pour une année. Cette offre est valable jusquà la fin du mois ". La radio a ainsi lavantage de permettre le passage des spots au plus proche de lacte dachat. Il sagit de réduire au maximum le temps sécoulant entre la publicité et lachat. Pour cela, nous travaillons beaucoup avec laffichage urbain. Les deux supports se complètent extrêmement bien. En ce qui concerne la composition du spot, il sagit avant tout dattirer lattention des personnes concernées, et ensuite de leur donner des raisons valables de venir, en évitant les clichés inutiles (il faut faire court). On explique donc à lauditeur quels avantages il pourrait retirer dun passage dans un commerce donné. Cest là le deuxième élément important. Troisièmement, il faut indiquer très clairement à lauditeur ce quon attend de lui : quil se rende à une adresse, quil téléphone au numéro cité, quil visite un site Internet ou quil mémorise une idée. Mais attention, il faut citer un seul de ces quatre éléments : si on bombarde les gens dinformations, ils ne mémoriseront plus rien.
En résumé, il est très important quun spot ait ces trois caractéristiques. On nécoute pas la radio de manière très attentive, mais plutôt passive. Un spot efficace et de qualité doit donc capter lattention de la cible visée par le produit vanté.Quelles sont les stratégies utilisées dans la programmation des spots ?
La cible est primordiale. On peut par exemple faire du B to B. Le matin, il est ainsi possible de cibler les secrétaires de direction se rendant à leur travail, afin de promouvoir un système de télé-banking.
Pour toucher juste, il faut également utiliser la répétition en programmant les spots de manière récurrente dans la journée. Un passage le matin, un à midi et un le soir nont aucun intérêt. La dilution nest pas efficace. Il y a plusieurs stratégies de programmation : pendant une semaine, on peut programmer une publicité à plusieurs reprises tous les jours dans la même tranche horaire, afin de toucher les gens qui ont lhabitude découter la radio à ce moment-là (il sagit alors dune programmation horizontale). Si les budgets le permettent, on diffusera aussi le spot à dautres moments de la journée.
On peut aussi avoir recours à ce que nous appelons une programmation verticale, qui consiste à concentrer un nombre important de passages (une douzaine en moyenne) sur une journée. Cela permet de " dominer " une station sur lensemble de la journée. La radio permet cela beaucoup plus facilement que les autres médias : la télévision, outre son coût, est plutôt regardée le soir ; quant à la presse, elle sera très onéreuse pour celui qui souhaite être lannonceur dominant.
Depuis quelques années nous proposons aussi les spots longs, qui peuvent durer jusquà une minute. Ces messages permettent de bien expliquer les avantages dun produit aux auditeurs, pas le biais de témoignages par exemple.
Il faut utiliser les médias au mieux, en les combinant. Une campagne de publicité vantant les mérites dun dentifrice verra son efficacité décuplée si le spot TV diffusé le soir est suivi dun spot radio le matin suivant.Par des campagnes trop présentes sur les ondes, ny a-t-il pas un risque de lasser, voire dagacer lauditeur ?
Il y a un risque, atténué par le fait que lécoute de la radio reste relativement passive : si le message ne vous concerne pas, il ne va pas vraiment vous agresser. EasyJet, par exemple, utilise souvent la répétition : pendant trois ou quatre jours, on peut entendre jusquà dix-sept spots en une journée. Leurs campagnes, très sympas, sont en général bien perçues. Dans tous les cas, le risque de lasser nest pas propre à la radio, il existe aussi dans les autres médias. Ce nest donc pas une faiblesse de la radio.
Notre rôle est de conseiller à la fois les médias-planners et les annonceurs afin quils utilisent efficacement la radio. Nous possédons un logiciel qui estime les OTH (Occasion To Hear), les occasions découte dun spot. Nous savons que trois occasions dêtre entendu en une semaine est un nombre suffisant, pour autant que le spot soit bon, bien sûr ! Au-delà, le client commence à gaspiller son argent. Nous lui conseillons donc le nombre optimum de passages. De plus, les campagnes devraient être répétées régulièrement. Il y a chaque semaine des consommateurs susceptibles dacquérir une nouvelle voiture ou de partir en vacances.Etes-vous en mesure de déterminer quels types dauditeurs écoutent la radio aux différents moments de la journée et de cibler ainsi votre publicité ?
De manière générale, laudience de ONE FM a entre quinze et quarante ans. LAUSANNE FM a une cible plus adulte (plus de vingt-cinq ans), plus féminine aussi.
On dit de plus que la radio règne sur lautomobile. En effet, seule une petite partie des automobilistes écoute des cassettes ou des CD. Beaucoup de gens se rendent sur leur lieu de travail en voiture et vont également faire leurs courses en voiture. Laudience est la plus importante entre six heures trente et neuf heures, avec un pic entre sept heures trente et huit heures trente. Il y a de nouveau une hausse importante vers midi quand les gens vont manger. En voiture, on ne peut pas lire, pas regarder la télévision, la radio est donc très présente, et de manière interactive. Les embouteillages rendent les annonceurs heureux car ils font augmenter laudience ! Enfin, la radio est souvent le premier média quon utilise le matin : on se réveille avec la radio, ou alors on lécoute en déjeunant ou en faisant sa toilette. De nombreux spécialistes affirment que le premier message entendu le matin restera le mieux mémorisé, cest également lun de nos points forts. Laudience du matin est de plus une audience large car tout le monde écoute la radio à ce moment-là.
Enfin, beaucoup de gens écoutent la radio sur leur lieu de travail (nous le vérifions tous les jours grâce aux jeux pour lesquels ils nous appellent depuis leur bureau !). De nombreuses femmes au foyer nous écoutent aussi. Laprès-midi est assez calme, avant que la sortie des bureaux et des écoles ne relance laudience. Après dix-neuf heures commence le règne de la télévision. En soirée, laudience est plus jeune, on sait que les adolescents ont tendance à écouter la radio dans leur chambre ou devant leur ordinateur, plutôt que de regarder un film. Cest aussi à ce moment quon va sadresser aux internautes. En définitive, on peut dire que la cible, relativement large, varie selon les heures de la journée.La Suisse a-t-elle des spécificités en ce qui concerne la publicité à la radio ?
Une étude récente a révélé que la radio est le média le plus utilisé en Suisse, devant la télévision. Notre travail est de faire en sorte daugmenter la part du marché publicitaire attribué à la radio, car il y a une disproportion entre la performance de ce média et les budgets qui lui sont alloués. Le marché publicitaire radio en Suisse est inférieur à 3%, alors que dans des pays tels que le France, lEspagne ou lItalie il se situe plutôt entre 10% et 12%. La marge de progression pourrait être énorme ici.A quoi cette situation est-elle due ?
Il y a à cela différentes raisons, liées à la configuration des concessions des radios locales. Il ny a par conséquent pas eu de réseaux nationaux, donc le marché national na pas été très dynamisé. De plus, les gens qui ont commencé à faire de la radio étaient des amateurs de musique, ou de technique, mais pas des spécialistes en marketing. Tous ces facteurs ont eu pour conséquence un développement commercial moins important du média radio en Suisse.Quels types de produits se prêtent particulièrement bien à la publicité radio ?
Il y a très peu de produits qui ne sy prêtent pas ! On peut tout vendre à la radio. Les auditeurs sont représentatifs de la population. Tout ce qui est événementiel fonctionne très bien : louverture dune discothèque, dun nouveau restaurant, une promotion dans un centre commercial, le cinéma... Sachant que les spectateurs décident daller voir un film en général deux ou trois heures avant la séance, nous proposons de diffuser les bandes-annonces de films entre dix-sept et vingt heures. Peut-être quil est plus difficile de promouvoir certains produits très spécifiques, comme les produits de luxe par exemple...
Le teasing, qui est très utilisé en affichage urbain, lest beaucoup moins à la radio...
Il est vrai quil est assez rare mais il existe quand même. Il implique que lannonceur ait un budget relativement conséquent, car les spots doivent être répétitifs afin de maintenir le consommateur en alerte. On rencontre plus souvent des " reminders ", des rappels, qui sont des spots de dix secondes passant peu après un spot plus long.Et que vous rapportent des actions comme " Le coup de main ", par lesquels vous offrez des campagnes et des conseils marketing à de jeunes entreprises ?
Cette opération se déroule sous forme de concours. Cest un prix mensuel. Nous choisissons une entreprise qui nous paraît avoir un concept cohérent et des notions de marketing. Cela à pour but de créer des contacts avec des gens qui aujourdhui commencent mais seront peut-être demain à la tête dune société florissante. Nous montrons aussi par là quune campagne radio peut aider une entreprise à démarrer.
Enfin, nous nous faisons ainsi connaître en tant quexperts en marketing, et pas seulement en tant que vendeurs despace publicitaire.Quand sarrête linformation et quand commence la publicité lorsquune station sponsorise un festival ou un événement quelconque ?
Cest une bonne question quil faudrait poser à la SSR. Quand nous sponsorisons un événement, il y a toujours un contrat global, par lequel la station sengage à diffuser un certain nombre de spots. Etant donné quelle est impliquée elle va en général couvrir lévénement en direct, cest-à-dire réaliser quelques interviews, organiser des jeux à lantenne afin de le promouvoir. Elle va bien sûr insister un peu plus sur cette manifestation afin de faire en sorte que ce soit un succès. Dans ce contrat global il y a donc de la publicité, de la promotion et de linformation. Quand la TSR couvre le Tour de Romandie il y a des émissions spéciales, des flashs, etc. Chacun y trouve son compte.Votre campagne coup de cur ?
Nous parlions de teasing tout à lheure, jai beaucoup aimé la campagne visant à promouvoir les radios locales qui utilisait cette stratégie sous le nom de OIDAR (anagramme de radio). Les spots faisant preuve dhumour, pas toujours faciles à réaliser pour la radio, me plaisent énormément. Cest encore plus difficile en Suisse à cause des différentes régions linguistiques. En affichage urbain, jaime particulièrement les campagnes dOrange.Et à linverse, une publicité qui vous irrite ou vous déplaît ?
Jen vois beaucoup qui ne respectent pas les règles élémentaires du marketing. Cest de largent gâché par lannonceur. Laffiche actuelle de Couleur 3 me semble être une grande erreur. Pour moi, une publicité pour une radio qui ne donne pas la fréquence de la station ne remplit pas son rôle. Les gens voient laffiche mais nont pas directement accès au programme proposé ! Cette affiche contient de plus beaucoup trop dinformations, on a pas le temps de tout lire.Comment voyez-vous la publicité dans vingt ans ?
Je crois que la publicité se renouvelle, se mélange, continuellement. On ninvente pas grand-chose, on reprend des idées anciennes ayant déjà été exploitées. Ce qui est nouveau, cest la mobilité de la publicité. On essaie dutiliser des médias très personnalisés, très ciblés. Les SMS, que vous avez en général choisi de recevoir, et qui arrivent directement dans votre poche, en sont un bon exemple. Et ça, cest vraiment nouveau. La naissance de nouveaux médias change aussi bien le discours publicitaire lui-même que les règles du marketing.
Propos recueillis par Floriane Jacquemet
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