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Le magazine d'information des professionnels de la communication
FRP 06-07/01 Juin-Juillet 2001
L'anglais dans la publicité francophone II
Les stratégies publicitaires dans le secteur de la téléphonie mobile helvétique
Selon l'observatoire publicitaire de la société TNS Secodip, la progression des investissements publicitaires des télécommunications en France a été de 51% en 2000, ce qui a fait passer ce secteur du cinquième au troisième rang des annonceurs, derrière la distribution et l'alimentation, mais devant les transports. Ainsi, pour Le Monde, " le symbole le plus spectaculaire de ce changement est le passage de France Télécom à la première place des annonceurs français [...], juste devant Renault ".
Ce développement des télécommunications vient essentiellement de la concurrence effrénée que se livrent les prestataires de services en téléphonie mobile. Les mouvements de privatisation, de globalisation et de libéralisation, conjugués au développement de nouvelles technologies (GSM, SMS, WAP, UMTS, etc.), ont considérablement modifié le marché de la téléphonie, obligeant les anciennes institutions à opérer une véritable révolution de leurs services comme de leur image.
Le marché de la téléphonie mobile suisse est passé de l'égide du monopole étatique de Swisscom à une concurrence en semi-liberté, par louverture du marché à deux nouveaux opérateurs, Diax et Orange. Du point de vue limage de marque, le défi de Swisscom consistait dès lors à se débarrasser de limage poussiéreuse d'institution étatique, tout en conservant le capital confiance de ses clients. Pour les nouveaux arrivants, il sagissait de construire rapidement une identité forte. Or, face au déficit de réelles opportunités de différenciation au niveau des prix et de la distribution, seule la communication pouvait leur garantir la constitution dune véritable identité.
Lévolution de la conjoncture générale comme du marché suisse a ainsi motivé le choix de ce secteur dactivité pour revenir plus précisément sur les fonctions et les conditions d'utilisation de l'anglais dans la publicité. En passant en revue les noms, puis les différents slogans des publicités Diax, Orange et Swisscom, cest en définitive leur stratégie de différenciation que nous tenterons de décortiquer.
Les trois noms de marques
La plupart des firmes suisses anglicisent leur nom dans le but dattester leur vocation internationale. Cela a été tout dabord le cas du principal fournisseur dans le domaine des télécommunications, Swisscom. Le terme " Swisscom " est une abréviation de " Swiss communication " (lexique anglais), construit grâce à un procédé de " clipping " (com / munication ), suivi dune opération de " compounding " (Swiss + com = Swisscom).
De son côté, lopérateur Orange anglicise la prononciation de son nom dans son discours publicitaire audiovisuel. Le choix même de ce nom a par ailleurs été motivé par son orthographe et sa signification invariantes tant en français, quen anglais et en allemand.Lopérateur Diax nest pas en reste. À l'origine, Diax signifie " diagonal axis " (" axe diagonal "), doù sa graphie un peu particulière : DiAx. Diax étant issu, entre autres, d'une alliance entre les six plus grandes sociétés suisses d'électricité, son positionnement était clairement technique.
Trois types de slogan
Parmi les moyens discursifs et visuels à disposition du publicitaire, le slogan constitue certainement le lieu de toutes les spéculations. Il est l'élément textuel qui jouit de la plus forte mémorisation. Son double rôle est dune part de retenir lattention du lecteur et dautre part dopérer un lien très rapide entre la marque et certaines de ses caractéristiques.
Cela dit, lorsque lon parle de slogan, il convient dans la pratique de distinguer trois catégories, pas nécessairement toutes présentes sur une même publicité.
Le slogan de marque (ou corporate) est la devise de cette dernière. On rencontrera ainsi " The smart choice " pour l'opérateur Diax et " The future's bright. The future's Orange " pour l'opérateur Orange. Ce type de slogan, caractérisant la marque, lui devient peu à peu indissociable. Le consommateur l'assimilera en définitive à cette dernière.
Le slogan d'accroche (ou head-line), généralement situé en haut de lannonce, est la devise du produit, ciblée sur le moment de la transaction commerciale. Comme son nom lindique, lun de ses rôles principaux est dattirer lattention, dinterpeller le lecteur. Il est ainsi souvent lié au visuel.
Enfin, le slogan d'assise (ou base-line) explicite généralement la devise de la marque, dont elle synthétise la stratégie adoptée. Il peut également donner des informations supplémentaires sur le produit présenté. La structure de ce type de slogan est généralement plus grammaticale que celles du slogan d'accroche ou du slogan de marque. Il arrive aussi fréquemment que le slogan dassise soit fortement lié au rédactionnel.
Si la réalité se satisfait rarement dun modèle théorique de cet ordre, cette distinction constitue cependant un outil danalyse relativement pertinent. Nous verrons que les stratégies des trois opérateurs diffèrent tant par lutilisation de langlais que par lusage quils font des trois types de slogans.
Le slogan de marque
Cette publicité est symptomatique dune confusion de genre entre publicité et offre demploi. Les slogans de marque, que lon retrouve exclusivement chez Diax et chez Orange, sont en anglais. Leur message est souvent implicite et suggère des éléments de leur stratégie de communication sous-jacente.
Le slogan de marque de Diax, " The smart choice ", est représentatif de la politique de lentreprise. La traduction de ce slogan, " Le choix malin/futé " peut être également compris comme " Le choix élégant " (jeu de mots). Mais langlais répond dabord à une priorité linguistique, celle de pouvoir le décliner partout en Suisse, permettant simultanément de doter la marque dune image jeune, dynamique, internationale et technologique.
Ce bref slogan, un syntagme nominal, composé de mots monosyllabiques (un déterminant + un adjectif + un nom = The + smart + choice), par la singularité du déterminant " The ", insiste sur le caractère unique et singulier du service offert. Il fait de plus léloge du consommateur en inscrivant dans lacte dachat la valorisation du choix opéré par lacheteur (vous achetez = vous êtes futé).
Ce syntagme nominal résume la politique de Diax en matière de télécommunications, définie par ce dernier en ces termes : " Diax est lentreprise suisse de télécommunication de la nouvelle génération. Elle établit de nouveaux standards, grâce à la qualité de ses produits et prestations destinés aux réseaux fixe et mobile, ainsi quà Internet ".Le slogan de marque de lopérateur Orange est basé sur une stratégie quelque peu différente. Le slogan " The futures bright. The futures Orange ", à priori plus complexe et plus long que celui de son concurrent, nest cependant constitué que de quatre éléments : " The future ", " is ", " bright ", " Orange ".
La complexité et la longueur apparentes du slogan reposent en fait sur la répétition de certains de ses éléments, qui suggèrent une égalité. On peut en effet tirer un parallèle entre le nom " Orange " et ladjectif " bright ", construit par la symétrie de la construction grammaticale des deux énoncés, plus fortement marquée que celle de Diax :
Diax = smart choice
Orange = bright
Mais le slogan de marque de la firme Orange génère également lidée de futur par la répétition du syntagme nominal " The future ", accentuant lintérêt phonique de ce slogan. Le discours publicitaire projette le lecteur dans un avenir lumineux, éclatant. Alors que la vision de lavenir est souvent anxiogène, le parallèle entre ladjectif " bright " et le nom de la firme construit une vision du futur qui se veut radieuse et rassurante.
Les paysages impressionnants du Salar d'Uyuni (Bolivie), désert de sel de 12000 Km2, décors idylliques, ont servi le slogan de marque par la forte luminosité quils réfléchissent. En guise de bilan provisoire, on peut dire que, pour persuader le client potentiel, le slogan de marque Diax joue sur la séduction ludique et léloge implicite du consommateur. De son côté, le slogan de marque Orange privilégie une image de lentreprise résolument tournée vers un avenir spirituel (par exemple par la position en lotus lun des personnages du spot TV), faisant songer à ce que prédisait Malraux : " le XXIe siècle sera spirituel, ou ne sera pas ".
Le slogan daccroche question-réponse (Orange)
Si les slogans daccroche sont nombreux et divers, deux types de slogans sont suffisamment récurrents, respectivement chez Orange et Diax, pour mériter une attention particulière : le slogan question-réponse et le slogan phylactère.
Lors du lancement dOrange, la campagne daffichage sorganisa en deux parties. La première partie consistait à poser la question suivante aux consommateurs : " Do you speak Orange ? ".La deuxième partie donnait quant à elle la réponse à la question posée : " I speak Orange ! ".
Quels artifices ont-ils rendu ces slogans daccroche efficaces au point de permettre à cette firme de se faire connaître presque instantanément sur le marché des télécommunications ?
Dabord, la structure rudimentaire des slogans a permis à la marque dêtre présente dans les deux slogans, insistant par ce biais sur son nom. Ensuite et surtout, leur lexique et leur syntaxe rudimentaires rappellent étrangement les premières phrases apprises à lécole. La fonction de langlais devient alors principalement symbolique et ornementale.
Par leau (opposée au sel), Orange suggère la fusion du ciel et de la terre. Celle-ci symbolise ainsi une forme de communion sans frontières entre les êtres, avec, en lieux et place de toute communication, des sourires. Ces slogans daccroche permettent dès lors de tirer quelques conclusions relatives à la stratégie publicitaire sous-jacente. Le nom " Orange " dépasse la seule fonction de nom propre identificateur, pour incarner une manière de communiquer à part entière. La communication est au centre de cette campagne de lancement : par la répétition du verbe " to speak ", laccent est mis sur la notion même de communication. De surcroît, aucun appareil téléphonique nest présent sur ces publicités. Les différents protagonistes des publicités Orange (hommes, femmes et enfants) se parlent, communiquent au creux de loreille, rigolent, sourient, se regardent, mais, contrairement à ceux de Diax ou de Swisscom, ils ne téléphonent jamais.
Femmes, hommes, enfants, adultes, etc., sont tous largement représentés dans ce monde Orange où le bonheur est communicatif. La communication " Orange " nest pas de type téléphonique, mais télépathique. Laspect technologique est évincé pour faire place à une perspective plus large de la communication : linteraction directe entre les personnes. Cette idée de communion est présente sur toutes les publicités de cet opérateur : " Communiquer par la parole et par limage " ; " Communiquer sans frontières " ; " Etre compris tout simplement ".
Cette firme, par sa définition implicite de la communication, saccapare une perception différente de la communication, explicitée cependant dans le discours publicitaire de cet opérateur : " On prétend que le silence est dor. Orange pense, au contraire que la parole et le rire sont bien plus précieux. Ce qui ne veut pas dire quil faille pour autant payer plus cher... ".
La symbolique du téléphone arabe, la rencontre des âges, des sexes et des cultures dans une eau fédératrice (que Freud verrait comme le retour à la matrice maternelle), la communication définie tant par la parole que par le rire, autant dimage dune communion qui se veut lantithèse de la communication moderne. Lesthétique joue de ce point de vue un rôle clé dans les publicités Orange. La beauté fait partie des " procédés dattention / spectacle [par les émotions] ", comme lexplique Henri Joannis, lun des pères de la création publicitaire : " La beauté est une catégorie évidente : attirer lattention par la beauté des mannequins, la beauté des styles et des décors, et surtout la beauté des images, quelles soient photographiques ou cinématographiques ".
Chacune des photographies est prise dans un cadre naturel idyllique, accentuant limpression de bonheur général. Une certaine émotion se dégage de ces publicités : chaque figurant (indépendamment de son âge) est en osmose avec son entourage, tant humain que naturel. Henri Joannis ajoute que " lattention / spectacle par la beauté, ce sont des filles ou des garçons superbes, des vêtements dun stylisme raffiné, des paysages de rêve, une photographie à la lumière rare, une composition de lignes et de plans, des rapports de couleurs, bref tout ce qui fait la beauté visuelle immobile ou en mouvement ".
La campagne de séduction dOrange repose sur une notion de communion entre les personnes, de bien-être général, à lopposé de la vitesse, de la complexité, du bruit et de la technologie de la communication moderne.
Au final, la nature, les grands espaces mystiques, la communion des générations et des sexes, la gaieté, la simplicité, la spiritualité sont emblématiques de mythes aussi ancestraux que celui du mythe du paradis perdu (lâge dor) ou celui de la Tour de Babel. Aucun mot nest articulé, seuls les gestes symbolisent cette communion silencieuse, transcendant les langues.
Le slogan phylactère (Diax)
Le phylactère est un terme technique pour désigner les bulles des bandes dessinées, dans lesquelles sont retranscrites les paroles ou les pensées des personnages. Cest lune des pratiques utilisées de manière récurrente chez lopérateur Diax.
Toute une campagne publicitaire de cette firme a été construite sur la base de la notoriété de personnalités (Stéphane Chapuisat, Bernard Pichon, Alain Prost, Tony Rominger, Michael von der Heide, Géraldine Chaplin, Andy Hüg, Mélanie Winniger, Simon Estes, Héliane Canepa et Roger De Weck), qui vantaient de manière implicite les services Diax.
Michel Comte, photographe suisse de renommée internationale, signe cette série de photographies de personnalités suisses, sous la couleur emblématique de Diax, le rouge. Le lien étroit entre le slogan et limage constituait lune des caractéristiques intrinsèques des publicités de cette campagne. Tous ces slogans daccroche doivent être lus comme une légende de la photographie quelles accompagnent, à linstar dune bulle de BD. Tant les guillemets au début et à la fin des slogans que le choix du lexique et du style suggèrent des traits doralité. Loriginalité toute relative de cette campagne réside donc dans la mise en scène de célébrités, et dans la transcription de leurs pensées ou de leurs paroles.
Entre les guillemets et le téléphone à loreille, difficile de ne pas faire le lien entre limage et le slogan-phylactère. Tout comme Géraldine Chaplin peut faire référence à la danse de Michael Jackson, Andy Hug pourrait rappeler le légendaire cri de Rocky : " Adrienne ". Henri Joannis définit le procédé d" attention / spectacle par la personnalisation " comme suit : " Un personnage incarnant la marque fait plus que dattirer lattention, il communique les qualités de la marque, signe avec force le message et en assure la rémanence ". Une valorisation de Diax sopère ainsi de manière implicite. Lacte déloge repose sur la notoriété de ces personnes, dont les activités professionnelles, différentes et variées, permettent de toucher les consommateurs les plus divers. Tant les domaines culturels, sportifs, que les loisirs en général sont ainsi largement représentés.
Tant la notoriété de son père que son accoutrement original donnent à Géraldine Chaplin le droit despérer un tournage avec Brad ! Cest par ailleurs une constante que de photographier ces personnages au moment même où le téléphone mobile les associent à une excellente nouvelle. Le deuxième degré, lautodérision et lhumour viennent enfin teinter le décor original de la couleur rouge omniprésente, code chromatique de Diax.
Le slogan dassise (Diax)
Si les slogans daccroche permettent dattirer lattention du lecteur ou du passant, la compréhension de ces publicités nest souvent effective quà la lecture du slogan dassise. Dans le cas de la campagne Diax, chacune des mises en scène permet dintroduire le service (ou loffre) présenté dans le slogan dassise :
Stéphane Chapuisat : " Diax e-motion "
Andy Hüg = " Diax pronto "
Géraldine Chaplin = " Couverture supérieure à 90 % "
Le slogan aphone (Swisscom)
Langlais dans le discours publicitaire de la téléphonie mobile a très souvent une part symbolique dominante. De ce point de vue, une brève incursion dans la campagne de promotion " Natel Skyline " (" Natel Horizon ") offerte par lopérateur Swisscom aux jeunes de moins de 22 ans, permet dillustrer ce propos.
Swisscom étant une firme relativement traditionnelle, il nest pas étonnant quelle ait cherché à attirer une clientèle de plus en plus nombreuse et synonyme de bénéfices importants, les jeunes. Dans ce contexte, langlais, apprécié et plébiscité par cette tranche dâge, a été un élément essentiel de la stratégie sous-jacente de séduction : Swisscom cherchait à parler dans la langue des jeunes, réponse destinée à rompre avec une image trop traditionaliste.
Les slogans daccroche font toutefois un usage abusif de langlais, qui devient une langue purement fonctionnelle, servant uniquement à véhiculer certains stéréotypes culturels (techno, underground).
Ces publicités mettent en scène quatre jeunes dont seule une partie du visage est visible. Leur apparence renvoie (métonymiquement) à limage de cette culture " branchée " : piercing sur la langue et dans le nez, lunettes de soleil, regard et attitude désinvoltes.
Quen est-il des slogans daccroche ? Introduits par le verbe " to see " à la forme impérative, ils se font les promoteurs dun nouvel " horizon " (" skyline "), présenté comme un univers mystique (" where the doors open "), festif (" where the show goes on "), nocturne (" more of the night ") et plein de surprises (" what you get ").
Ces différents thèmes sont omniprésents dans la culture pop, mais nont que peu de sens. En définitive, la signification et la profondeur du message ne sont plus essentielles : ce qui importe, cest dutiliser cette langue pour elle-même et den écumer les stéréotypes. La fonction sémantique de la langue est réduite à néant, tandis que sa fonction symbolique devient un élément communautaire prédominant. Langlais se réduit ainsi à un réservoir lobotomisé dimages, de stéréotypes et de symboles.
Création publicitaire et territoire de marque
Pour mieux saisir les enjeux sous-jacents de ces différents discours et mieux comprendre les arguments mis en place à cette occasion, il savère utile de revenir sur la notion même de concurrence, tant économique que linguistique. On définit généralement une cible à partir de trois types de critères :
Les critères socio-démographiques classiques : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, habitat, etc. pondérés selon leur importance.
Les critères qualitatifs, éléments touchant aux connaissances, motivations, attitudes, images existant dans la cible visée.
Le comportement à légard des produits : premiers utilisateurs vs utilisateurs expérimentés, achats pour soi vs achats pour cadeaux, achat planifié vs achat de dépannage, acheteur vs utilisateur vs prescripteur.La cible étant le pendant concurrentiel de la part de marché que souhaite investir ou consolider lentreprise, Swisscom, par son monopole étatique, navait jamais eu à se positionner. Il affichait ainsi des prix généralement considérés comme trop élevés.
Au contraire, pour ses concurrents, le positionnement a tout de suite été une préoccupation marketing capitale.Lors de son arrivée sur le marché des télécommunications, Diax se différencia de son concurrent en ciblant une clientèle jeune par des prix compétitifs et un discours décalé. La segmentation avait été opérée principalement sur des critères socio-démographiques, teintés bien évidemment de critères qualitatifs.
Orange a, pour sa part, écarté les critères socio-démographiques, pour se focaliser essentiellement sur des critères qualitatifs. Ses publicités se sont adressées à lensemble de la famille : enfants, femmes et hommes ont tous été largement représentés. De plus, sa clientèle ne semble plus aussi stéréotypée que celle de ses concurrents : Orange soffre comme une alternative entre Diax et Swisscom, entre une firme jeune, anticonformiste, et une firme traditionnelle, sérieuse. Orange se fait le représentant dun certain mode de vie (spiritualité, zen, new-age). Limage véhiculée par le discours publicitaire est le centre de sa stratégie marketing et lui a permis de se singulariser sur le marché suisse des télécommunications.
Au final, les trois stratégies apparentes à travers les campagnes respectives peuvent être résumées comme suit :
les publicités Diax = genre ludique et starisation
les publicités Orange = publicité moderne et esthétique
les publicités Swisscom = rajeunissement, mais absence de stratégie précise.
Le trépas de Diax ou une communication de crise manquée
On peut conclure ce bref parcours des trois opérateurs en revenant sur le phagocytage de Diax par Sunrise. Cest en effet un cas révélateur de léchec dune communication de crise.
Lhistoire de Diax a été marquée par le succès dune communication pour le moins massive. Avec près de 40 millions de francs suisses investis chaque année depuis 1998, ce n'est pas moins de 100 millions de francs qui auront été dépensés jusqu'à sa fusion avec Sunrise. Selon une étude menée par la société de conseil HTP, la marque Diax est connotée négativement, évoquant la vision d'antennes métalliques et de radiations nocives. Son image, disposant pourtant d'un fort degré de reconnaissance (brand recognition) et d'un transfert d'image d'une douzaine de personnalités publiques suisses, n'a pas survécu au spectre de l'électrosmog.
Pour faire face aux critiques de l'électrosmog, Diax avait pourtant mandaté plusieurs études auprès de diverses institutions, comme l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (EPFZ) et lEcole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), pour tenter de modifier son image de pollueur herzien auprès de l'imaginaire collectif suisse. Cette communication de crise embryonnaire naura pas été suffisante pour lever les soupçons Quelle leçon pouvons-nous en tirer rétrospectivement (ce qui est toujours plus facile...) ? La décision de conserver le nom de Sunrise aux dépens de Diax est synonyme d'une perte sèche de 100 millions de francs en communication. Pour expliquer ce gâchis, ce ne sont pas seulement les publicités qui doivent être interrogées, mais encore le positionnement de la marque.
L'attitude yogi, les enfants communiquant dans le creux de l'oreille, l'absence systématique de tout appareil, les étendues sauvages, la rencontre des contraires, ont été autant d'images qui ont épargné à Orange l'image d'une entreprise liée à l'électrosmog.
La technologie nest pas par essence perçue négativement, bien au contraire. Elle participe de cet idéal hérité du siècle des Lumières, puis de la révolution industrielle, qui stigmatisait et magnifiait les percées technologiques. Ce créneau sétant aujourdhui complexifié, il convient de lutiliser avec prudence et parcimonie. Un cas somme toute assez exemplaire est la sécurité et le confort automobiles, qui font de la technologie un ami au service de lhomme Swisscom na pas véritablement dautre positionnement que celui dun leader du marché relativement traditionnel. Orange, par son positionnement d'entreprise écolo-mystique, a su prendre de la distance par rapport à tout ce qui touche à la technologie. Contrairement à Diax et à Swisscom, Orange est la seule marque de téléphonie mobile à avoir évincé tout portable, tout appareil, de ses publicités. En bref, Orange promeut la communion universelle et sans frontières plutôt que la techno-communication. Ainsi, tant cette image écolo-mystique que la location des installations de Swisscom lont épargné de la polémique de l'électrosmog.
Face à ces deux concurrents, Diax est en quelque sorte resté le seul en lice pour devenir le bouc émissaire de l'électrosmog. Son positionnement technologique (rappelons que Diax signifie " Diagonal axis "), dû peut-être à la nature du consortium (les 6 principaux fournisseurs délectricité suisses) qui en est à lorigine, a-t-il été une erreur stratégique ? Pas nécessairement.
Une entreprise prenant clairement appui sur la technologie n'est pas en soi négative (Citroën). Ce n'est pas tant le positionnement que la manière dont a été gérée la crise des antennes et de l'électrosmog qui est en fait responsable de ce fiasco. C'est somme toute à une véritable communication de crise qu'aurait dû recourir Diax.
Gilles Lugrin
& Nicolas Schurter
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